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mardi 15 janvier 2013

Revue de détails : LES FORCES ARMEES MALIENNES ; de janvier 2012 à janvier 2013 II






Les chars

T-55 Modèle 1970

T-55A
T-54B (NB : l'échelle n'est pas identique à celle des deux dessins précédents)
Nous distinguons le dôme de ventilation, en avant du tourelleau du chef de char, avec la DSHKM de 12,7 mm.

Précédemment, l'auteur de ces lignes avait visuellement identifié les chars maliens comme étant des T-55 Modèle 1970/T-55A/T-55A Modèle 1970. Toutefois, ainsi que le remarque judicieusement le responsable du blog Esoteric Armour à partir de documents vidéos, un dôme de ventilation - caractéristique du T-54B - apparaît sur le côté droit de la tourelle. Afin de permettre la comparaison entre les différents modèles, sont laissées les illustrations se rapportant aux T-55, mais viennent les rejoindre celles qui représentent les T-54B. Armés d'un canon d'un canon rayé de 100 mm, d'une mitrailleuse coaxiale SGMT de 7,62 mm et d'une mitrailleuse antiaérienne DShK 1938/46 de 12,7 mm, ils ne paraissent pas avoir été modernisés au cours des années qui suivent leur réception. IISS les évoque à partir de The Military Balance 1995 – 1997, toutefois, ils auraient pu être reçus bien avant, alors que l'URSS livrait aussi des MiG-21MF au début des années 1980.

Nous l'avons vu plus haut, Bamako aligne des chars légers amphibies PT-76, dotés d'un canon D-56T rayé de 76 mm et d'une mitrailleuse SGMT de 7,62 mm. Leur faible blindage les rend extrêmement vulnérables aux tirs de lance-roquettes antichars RPG-7, ainsi qu'aux mitrailleuses lourdes de 12,7 mm et 14,5 mm et évidemment, aux canons bitubes de 23 mm qui équipent certains 4x4 des nomades et des islamistes. En dépit de cela, leur faible pression au sol leur confère une bonne mobilité dans les sables du nord, ainsi que sur les routes et les terrains boueux lors de l' « hivernage ».


Les véhicules légers

Patrouille à Kati ; le 4x4 ne dispose pas d'un affût pour mitrailleuse SGM ou DShK, il st alors armé d'une simple PKM, bipied déployé, posé sur le toit du véhicule.

Le parc automobile se compose de pléthore de véhicules légers tout-terrain, d'origines diverses, achetés ou donnés. Les Toyota côtoient les Land Rover, les Mercedes ; l'Armée de l'Air aligne pour sa part des GAZ-69... Il en va de même pour les camions : acquis durant l'ère soviétique, chinois, français (VLRA)... Plusieurs 4x4 sont armés au 1er janvier 2012, pour l'essentiel de mitrailleuses SG-43 et SGM (ou leur copie chinoise) de 7,62 mm dont l'efficacité à longue portée est bien inférieure aux mitrailleuses lourdes de 12,7 mm et de 14,5 mm. Seuls les ETIA et le RCP ont quelques rares mitrailleuses lourdes chinoises Type 85 de 12,7 mm montées sur leur 4x4.

Mitrailleuse SG-43 de 7,62 mm montée sur un 4x4 ; si ces armes ont depuis longtemps prouvé leur mortelle efficacité au cours de guerres en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, leur portée est et considérablement moindre que celle des DShK de 12,7 mm et des ZPU de 14,5 mm. Dans le désert, celui qui engage le premier, de loin, est souvent celui qui gagne.
 
L'Armée de Terre malienne dispose pourtant d'au moins une dizaine de mitrailleuses lourdes antiaériennes bitubes ZPU-2 de 14,5 mm, également redoutables contre des cibles terrestres, mais celles-ci sont tractées et non montées sur les 4x4. Il faut attendre la fin du mois de mars/début avril pour voir les premiers assemblages réalisés, les systèmes d'armes ZPU-2 étant simplement « posés » sur le plateau arrière des 4x4. Aucune des ces « automitrailleuses » (désignation qui reprend l'acception première de cette association voiture + mitrailleuse) ne semble avoir été engagée contre les rebelles et islamistes.


Mitrailleuse Type 85 sur un 4x4 du 33ème Régiment Commando parachutiste (33ème RCP) maniée par un Special Force américain à l'occasion d'un exercice ; à noter le signe tactique à l'arrière du Toyota qui représente le RCP comme une unité d'infanterie motorisée (la « croix » et les « ronds ») en lui donnant la taille d'un régiment (les « III » au-dessus du « rectangle »).


ZPU-2 posé à l'arrière d'un 4x4, également équipé d'une mitrailleuse légère PKM de 7,62. Initialement conçue pour la lutte antiaérienne, la mitrailleuse KPV du système d'armes ZPU est également redoutable contre des cibles terrestres. Rebelles du MNLA et jihadistes en font un large usage au cours de la bataille du nord. Les éléments ici photographiés à Kati appartiennent peut-être au 32ème Régiment d'Infanterie Motorisée, accaparés par le capitaine Sanogo pour constituer sa garde et son escorte.

 
Du côté de la logistique et du génie, un manque de moyens gêne considérablement le ravitaillement des formations de contacts : pas assez de porte-chars, pas assez de camions-citernes pour le transport du carburant ou de l'eau, pas assez de stations mobiles d'épuration d'eau... En janvier 2012, Bamako n'a pas la capacité à soutenir dans la durée d'importantes forces dans le septentrion malien. En conséquence de quoi, les garnisons sont livrées à elles-mêmes, avec la perspective de tenir le temps que dureront leurs réserves de vivres, tandis que des opérations limitées de secours peuvent être envisagées. Se pose aussi la question des stocks : même si jusqu'à aujourd'hui personne ne semble l'avoir évoquée, lorsque éclate la rébellion, l'armée malienne n'est probablement pas en mesure de faire rouler tous ses blindés, faute de réserve de carburant suffisantes.


L'armement de l'infanterie

Si certaines unités paraissent relativement bien équipés en armement léger et d'appui (Kalashnikov de différents modèles, mitrailleuses PKM, SGM, lance-roquettes-antichars RPG-7 ainsi que mortiers de 82 mm et 120 mm) à l'instar du 33ème Régiment Commando Para, pour d'autres, notamment les unités d'appui (artillerie, génie) ou paramilitaires (Garde Nationale) il se limite à des SKS ou à leur copie chinoise Type 56. En outre, l'armée malienne n'aligne aucun tireur de précision ni fusils adaptés, potentiellement utiles dans le désert du fait de leur portée pratique de 900 mètres. Les rebelles et les jihadistes, eux, possèdent quelques fusils semi-automatiques SVD Dragunov avec lesquels ils harcèlent les garnisons, à distance.

Les carences dans le domaine de l'armement de l'infanterie font écho au manque d'équipement individuel : en dépit des aides étrangères, les tenues de combat et de sport manquent, y compris pour les hommes du 33ème RCP. Cette situation amène les soldats à payer eux-mêmes leur tenue, en se fournissant auprès de micro-entreprises, avec des soldats s'improvisant couturiers ! Il apparaît
aussi, notamment à l'exercice, que certains fantassins sont dépourvus de porte-chargeurs ; constatation qui n'a finalement rien de bien extraordinaire puisque certains n'ont qu'un seul chargeur pour leur arme de type Kalashnikov, avec toutes les conséquences que cela implique, au feu : sitôt le magasin vide, il doit être regarni, cartouche par cartouche, sous les tirs adverses...

Les armes d'appui d'infanterie ne sont pas très nombreuses : outre les SG-43, SGM et leurs copies chinoises, outre les quelques ZPU-1, ZPU-2 et Type 85 figurent aussi des mortiers de 60 mm (chinois), 82 mm (ex-Pays de l'Est) et 120 mm (ex-Pays de l'Est). Le Type 63 de 60 mm est relativement léger (12 kg) – son usage par des guérillas ayant été pris en compte lors de sa conception à partir d'un autre mortier, lui-même dérivé d'un modèle Brandt français, le Type 31 – tout en donnant une bonne allonge aux fantassins (1 530 mètres). Relativement léger ne signifie pas pour autant « pratique » car aux 12 kg de l'arme s'ajoute le poids des munitions qu'emportent l'assistant du tireur-mortier. L'ensemble représente autant de cartouches en moins pour l'arme automatique de groupe, pour une capacité de destruction malgré tout limitée.

Les mortiers de 82 mm et de 120 mm sont beaucoup plus létaux ; le 120 mm ayant approximativement la puissance de destruction d'une pièce d'artillerie classique, certes avec une portée moindre (3 000 mètres pour le M37, 5 700 mètres pour le M43). Poids et encombrement impliquent des les transporter grâce à des véhicules, le plus souvent démontés pour les 82 mm, et tractés pour les 120 mm. L'utilité de ces armes résident dans leur portée autant que dans leur capacité de tir indirect, à savoir en s'affranchissant des obstacles qui empêchent le tir tendu. Cette méthode nécessite généralement de disposer d'observateurs, au-delà des obstacles en question, qui demanderont le tir, en donnant les coordonnées de la cible. Or, les carences dans le domaine des moyens radios et d'entraînement dans leur utilisation font que le recours aux mortiers moyens et lourds semble difficilement pouvoir se faire autrement qu'en tir à vue.

Canon sans-recul SPG-9 de 73 mm lors des événements des 21 et 22 mars 2012

Enfin, l'arsenal de Bamako comprend aussi quelques canons sans-recul SPG-9 de 73 mm. Principalement utilisés en tir tendu, ils peuvent accessoirement effectuer des tirs indirects aux dépends de leur précision. Arme efficace contre les véhicules, même blindés, elle peut aussi prendre à partie des retranchements, des positions établies dans des bâtiments, voire des groupes de combattants. Ses défauts sont d'une part son poids, d'autre part le manque de discrétion, surtout dans le désert avec tout un dégagement de fumée et de poussière lors du tir. A l'instar des ZPU-2, aucun n'est monté sur 4x4 début 2012, alors que du côté du MNLA, quelques canons sans-recul M40A1 de 106 mm (ramenés de Libye) et SPG-9 équipent des 4x4. Aqmi dispose également de SPG-9 et plusieurs des « assemblages » du MNLA seront selon toute vraisemblance capturés par le Mujao à Gao, fin juin 2012.



Des armes anciennes ?

L'affirmation selon laquelle l'armée ne dispose que d'armes anciennes face au matériel sophistiqué que ses ennemis auraient pour l'essentiel ramené de Libye n'a pas de sens et mérite que l'on s'y arrête. Tout conflit symétrique, dissymétrique ou asymétrique porte ses mythes ; l'affrontement pour le contrôle du nord Mali n'y fait pas exception. A propos des armes des rebelles du MNLA et de celles des jihadistes, seule une partie est issue des stocks de Kadhafi.

Certes, l'ensemble des matériels de l'armée malienne n'est pas de première jeunesse et, lors de leur livraison, il s'agissait déjà d'équipement de seconde main. De fait, début 2012, nombre d'engins, sont en panne : les T-34/85, BTR-40 et BTR-152, et ils ne seront probablement jamais remis en service, faute de pièces de rechange facilement trouvables (les blindés en question ne sont plus en production depuis longtemps) et de valeur militaire. Ceux qui sont encore alignés valent à peine mieux : les T-55/T-55A décrépis, des BRDM et BTR-60PB fatigués... Certes, l'artillerie, l'armement de l'infanterie ne sont pas plus modernes. Néanmoins, entretenues, éventuellement modernisées et surtout, servis par des personnels entraînés, ces armes rustiques gardent toute leur létalité, notamment en ce qui concerne le matériel de l'infanterie.

En face, qu'en est-il des armes « sophistiquées » aux mains des irrédentistes et des jihadistes, acquises au cours des années passées ou bien volées dans les arsenaux de Kadhafi ? Des missiles sol-air à très courte portée (SATCP) SA-24 Grinch seraient en leur possession, mais sans les crosses de tir ou les affûts Strelet indispensables à leur utilisation. Ils disposeraient aussi de quelques SA-7 Grail, dont l'état de fonctionnement est très incertain. C'est tout : en dehors des Grinch, il n'y a pas de matériel sophistiqué !

Toutes les armes qu'alignent rebelles et jihadistes sont de la génération de celles que leur opposent les forces maliennes. Si au début des hostilités, Bamako manque de mitrailleuses lourdes, les DShK 1938/46, les ZPU-1, ZPU-2 et ZU-23/2 greffés sur les 4x4 de leurs adversaires étaient contemporains des SGM qui équipent les véhicules maliens. Les premiers bénéficient d'une puissance de feu bien supérieure qu'ils savent utiliser tactiquement. Mais leurs armes ne sont pas pour autant « sophistiquées ». Bien au contraire, leurs mitrailleuses lourdes, d'origine soviétique, sont rustiques, ce qui fait leur efficacité sur le terrain en dépit de leur âge : la DShK 1938/46 (ou DShKM) de 12,7 mm est la version modernisée d'une mitrailleuse conçue (et fabriquée) avant la Seconde Guerre Mondiale ; la KPV de 14,5, sur différents affûts ZPU et arme principale des BTR-60PB et BRDM-2 est fabriquée dans le courant des années 1950...

Même remarque en ce qui concerne l'armement léger : carabines semi-automatiques SKS et Type 56, différentes variantes de Kalashnikov... Des AK-103, ramenés de Libye, ont été utilisés par le MNLA et le MNLA en a capturé quelques-uns. Sauf que là encore, il ne s'agit pas d'un fusil d'assaut résolument moderne : juste une modernisation de la Kalashnikov. En conclusion de quoi, le matériel des guerres des ennemis de Bamako n'est ni sophistiqué, ni récent. En revanche, il est utilisé habilement.


L'artillerie

A la veille de la bataille du nord, l'armée malienne possède plusieurs pièces d'artillerie, mais seuls les lance-roquettes multiples automoteurs de 122 mm BM-21 et de 107 mm Type 63 montés sur 4x4 semblent opérationnels. Système d'armes de saturation (dont les projectiles frappent une zone plus ou moins grande, selon le calibre et le nombre de tubes), ils sont efficaces à condition de faire pleuvoir les projectiles... sur la cible ! Les problèmes de la chaîne de commandement, l'impéritie dans le domaine des transmissions (difficulté de demander un tir, plus encore de le guider) rendent aléatoire la valeur d'un tir indirect. De fait, les Type 63 servent plutôt en tir tendu, à vue.

Quant aux BM-21, la présence de plusieurs d'entre-eux au nord (peut-être toute une batterie du 36ème Régiment d'Artillerie déployée) n'a pas fondamentalement changé le cours de la guerre : quelques-uns semblent avoir été utilisés depuis les garnisons : les rebelles et jihadistes se tenant relativement près des camps, les tirs effectués auraient été trop longs, tombant dans le désert. Plusieurs ont été capturés par le MNLA, puis, notamment par le Mujao suite à la déroute des irrédentistes, en juin.

Les autres pièces d'artillerie, notamment les D-30 ne semblent pas opérationnels en début d'année : un rapport du ministère de la Défense malien parle d'une « remise en condition » durant l'été, évoquant implicitement des exercices de tir et de vérification de l'état des munitions disponibles. Tractées, ces pièces pourraient avoir une utilité contre des positions fixes de l'ennemi, notamment en tir tendu dans les localités. En tir indirect, le manque d'entraînement des artilleurs maliens impliquerait une grande imprécision des salves, avec toutes des conséquences funestes pour les civils...

Enfin, en nombre réduit, les automoteurs ZSU-23-4M Modèle 1977 Shilka représentent un des meilleurs système d'armes des forces maliennes : ses quatre canons de 23 mm peuvent faire pleuvoir un déluge pas uniquement contre des avions, mais également contre des cibles terrestres. Avec des équipages raisonnablement bien formés, ils pulvériseraient aisément les 4x4 ennemis. Néanmoins, ils ont un défaut : ils sont gourmands en munitions.


Vulnérabilité des systèmes d'armes maliens

Systèmes d'armes
Armes légères
Mitrail-leuses lourdes
RPG et canons sans-recul
Artillerie (tir indirect) et mortiers
Aviation
Poids logistique
Mobilité dans le désert
4x4
Oui
Très
Oui
Oui
Très
Faible
Bonne
BRDM-2
Non
Oui
Très
Modéré-ment
Très
Notable
Relative
BTR-60PB
Non
Oui
Très
Modéré-ment
Très
Notable
Relative
PT-76
Non
Modéré-ment
Très
Non
Très
Important
Bonne
T-55A
Non
Non
Notable
Non
Notable
Considérable
De bonne à mauvaise


(A suivre...)


(Mis à jour le 31/05/2013)
Laurent Touchard

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