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vendredi 15 novembre 2013

Billet hebdomadaire sur le Blog Défense de Jeune Afrique : ARMEE ALGERIENNE, A QUOI VA SERVIR LA HAUSSE DU BUDGET DE LA DEFENSE


Su-30MKA de la force aérienne algérienne ; le Su-30SM est souhaité par les militaires : versatile, sophistiqué, il permettrait d'éviter une multiplication de modèles différents, standardisation forcément économique quant aux pièces de rechange communes aux deux appareils mais aussi gage d'un maintien en bonne condition opérationnelle d'un grand nombre d'appareils... (Photo via Wikicommons)






  Le budget de la défense algérien pour 2014, adopté voici quelques jours (le 12 novembre 2013), est en augmentation de plus d'un milliard de dollars par rapport à celui de 2013, soit 12,45 milliards de dollars... Pourquoi une somme aussi importante ? La situation géopolitique régionale l'explique en partie. A quoi s'ajoutent une indéniable méfiance des autorités algériennes vis à vis de l'Occident, que renforce la crise syrienne à la fin de l'été 2013, ainsi qu'une méfiance plus sourde vis à vis de la société algérienne elle-même, au regard des événements qui ont secoué la Tunisie, la Libye, la Syrie et l'Egypte, avec des groupes disparates (laïques ou politico-religieux) renversant les régimes en place (ou au moins, essayant d'y parvenir)...

Voici un aperçu des futures acquisitions des forces armées algériennes, dans ce contexte troublé : 

5 commentaires:

  1. Bonjour M. Touchard et merci pour votre billet, très bien documenté et fort agréable à lire. Je m'intéresse également à ces questions et je souhaiterais connaître votre analyse de l'attitude assez ambigue des USA face au rééquipement de l'armée algérienne. Washington considère en effet l'Algérie comme un partenaire essentiel dans la lutte antiterroriste, et a accepté de lui fournir différents matériels très sophistiqués et très utiles dans ce cadre (avions de reconnaissance et de guerre électronique, instruments de détection et d'observation, matériel de transmission avancé, outre le renseignement et le training pour les forces spéciales...). Si l'on ajoute à cela les relations économiques très importantes entre les deux pays, et la profondeur historique de leur relations (du traité de paix de 1794 au rôle d'Alger dans la libération des otages US à Teheran en passant par le soutien de JFK à l'indépendance algérienne), on ne peut s'empêcher de se dire qu'Alger et Washington, au-delà de certaines divergences sur quelques dossiers internationaux, ont discrètement mais solidement établi une relation quasiment exemplaire. Pourtant, les USA n'ont pas souhaité fournir aux Algériens les armes offensives que ceux-ci, selon certaines sources, leur auraient réclamées, notamment des drones armés ou des hélicoptères Apache. Et il semble que cette frilosité soit plus profonde que le seul souci de ne pas froisser le voisin marocain. Comment interprétez vous donc cette politique US dynamique sur le plan sécuritaire mais plutôt en retrait sur le plan militaire ?
    Merci de vos lumières.
    Bien à vous,
    AB

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    1. Bonjour à vous et merci de votre commentaire lui aussi riche et des plus judicieux.

      Vous l'expliquez parfaitement : une relation historique existe depuis fort longtemps entre Alger et Washington. Vous en avez cité les principaux jalons. Le soutien de l'administration américaine lors de la guerre d'Indépendance (et lors des mois qui suivent) n'est pas le moindre, au grand dam de Paris. Une petite localité des Etats-Unis a même été nommée, en 1846, en hommage à Abd el-Kader qui résiste alors à la colonisation française : Elkader, dans l'Iowa...
      Malgré tout, cette relation n'a pas toujours été sereine : Alger a été extrêmement critique lors de l'intervention américaine en Irak en 2003 tout comme lors de l'intervention en Libye. Il y a de profondes divergences sur le dossier Israélo-arabe, et en particulier sur la question palestinienne (ainsi que sur l'évacuation du plateau du Golan), sur la problématique d'une intervention en Syrie (Alger étant notamment opposée, au sein de la ligue arabe, à la livraison d'armes aux insurgés)...
      Des tensions économiques existent aussi : les investissements considérables des entreprises chinoises - qui bénéficient de "facilités" sur les marchés algériens - sont peu appréciés des hommes d'affaires américains.
      Enfin, le Département d'Etat observe avec prudence l'évolution politique de l'Algérie ; je prends des raccourcis, mais Washington n'a certainement pas envie que des matériels militaires "made in US" modernes répriment d'éventuels mouvements de protestations politico-sociales devant les caméras du monde entier.
      La nécessité de lutter contre le terrorisme constitue un axe d'intérêt(s) commun(s) qui a l'avantage de se contenter de moyens discrets. Washington ne se "mouille" pas trop (ostensiblement), Alger donne le change quant au sacro-saint principe de la souveraineté nationale le tout sans que cela empêche une coopération a minima sur le plan militaire.

      Cordialement,
      Laurent Touchard

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. Merci pour la carté et la justesse de votre éclairage. Croyez-vous également que l'Algérie fait toujours l'objet d'une suspicion officieuse dans l'establishment US pour avoir opté dans le passé pour la sphère d'influence soviétique et le camp socialiste? Le choix du non-alignement et des positions nationalistes arabes et anti-impérialistes, qui imprègnent encore la diplomatie algérienne, doivent certainement contribuer, encore aujourd'hui, à alimenter une certaine méfiance...Enfin, vous semble t-il que les relais pro-israéliens aux Etats-Unis jouent un rôle pour empêcher un rapprochement plus important, avec des ventes d'armes plus massives? ( ce sont les multiples alertes de l'Etat hebreux sur le rearmement algérien qui me font penser à cela).

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    2. Bonsoir,

      En ce qui concerne votre première question, la méfiance que vous évoquez ne me paraît pas très prononcée. Beaucoup d'autres pays de part le monde ont cultivé le nationalisme et/ou le non-alignement marqué à l'Est. Pourtant, aujourd'hui, ils n'en paient plus le prix vis-à-vis des Etats-Unis. Certes, Alger continue d'entretenir cette "culture" du non-alignement qui ne correspond plus vraiment à grand chose dans la mesure où les deux blocs n'existent plus cimentés dans leur idéologie respective. Peu importe le passé pour les entreprises américaines. La diplomatie de Washington, prompte à soutenir ses sociétés adopte cet état d'esprit.

      En ce qui concerne les relais israéliens, je suis mitigé. Si Israël serait évidemment susceptible de tout faire pour s'opposer à la vente d'équipements bien précis (notamment en matière d'aviation), j'ai la conviction que l'Etat hébreu a intégré que l'Amérique fournit également des armes relativement perfectionnées à des pays potentiellement ennemis.

      J'ai la conviction que le problème vient d'abord de l'Algérie elle-même ; en témoignent les réactions provoquées par la suspicion de composants israéliens dans l'avionique des Su-30MKA... De fait, la méfiance que vous évoquez est réelle dans les domaines de la diplomatie et du militaire, mais davantage dans le sens Algérie-Occident (= Etats-Unis en caricaturant). En reprenant vos mots, ce qui empêche un rapprochement plus important avec des ventes d'armes plus massives, c'est d'abord l'Algérie.

      L'échec des négociations quant au Rafale illustre aussi ce propos. L'appareil est excellent dans sa catégorie. Malheureusement il est cher (d'où de nombreux déboires face au JAS39, bien-en dessous en terme de capacités, mais... plus économique). Pourtant, Alger avait indéniablement les moyens de se l'offrir et de doter ainsi ses forces aériennes d'un chasseur versatile, d'accéder à une technologie "occidentale" de pointe. Malgré tout, ce n'est pas le choix qui a été fait...

      L'Algérie n'a pas d'Apache parce que ses décideurs n'en veulent pas vraiment, qu'ils préfèrent les Mi-28. C'est du moins mon analyse.

      Cordialement

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