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mardi 12 novembre 2013

Droit de réponse : EFFICACITE DES FORCES ALGERIENNES ET MAROCAINES (II)






Le "système" Blogger ne permettant pas de poster des commentaires qui dépassent un certain nombre de signes, je réponds ici à ce commentaire envoyé le 11 novembre 2013, mis en ligne ici :
http://conops-mil.blogspot.fr/2013/08/droit-de-reponse-efficacite-des-forces.html
et faisant suite à cela :
http://conops-mil.blogspot.fr/2013/05/lefficacite-des-forces-armees.html

"Vos analyses souffrent toujours d'autant d'approximations dans vos évaluations capacitaires de l'armée algérienne. Vous utilisez à foison les comparaisons avec la Syrie, la Libye, le Soudan et autres armées "exotiques" puisque vous partez du principe que l'ANP est taillé sur un modèle unique d'une version "light" que l'armée rouge aurait exporté ? Or ne ditons pas comparaison n'est pas raison ? Vous faites preuves de lacunes profondes dans la connaissance de la ligne logistique de l'ANP ? Vous ne citez d'ailleurs aucune des unités chargées de cet aspect dans l'image d’Épinal que vous dressez de l'ANP.
Je vois aussi que vous ne cessez de décrire l'encadrement algérien de peu efficace vis à vis de son homologue marocain, votre seule argument sont vos impressions et vos jugements "à priori". Terme qui revient souvent en compagnie d'un autre "il semblerait, à première vue....etc
Vous dites "In Amenas" le prouve ? Elle prouve quoi ? Le Maroc a t'il eu à gérer une prise d'otages massive ? Les seuls autres exemples sont à chercher du côté de l'affaire de la Mecque dans les années 70, celle du Théatre de Moscou et de Beslan. Comme vous aimez citer des contre exemples vous devriez chercher à en connaitre un peu plus sur ces évènements. Je ne parlerais pas d'un autre exemple qui est celui de la prise d'otages d'Ouvéa ? Qu'en pensait les SAS ?
Monsieur, je dois dire que votre travail est bien trop lacunaire et basé sur des à priori récurrents qui reviennent sans cesse concernant l'Algérie et son armée. Pour preuve, les aviateurs, les officiers d'Etat Major, les marins et les officiers de la défense aérienne, de l'Armée Nationale Populaire fréquentent depuis bien des années St Cyr, West Point, et autres écoles militaires britanniques, italiennes, américaines et françaises (et ce depuis les années 70).
"

Ma réponse :

Monsieur,

Selon vous, je pars du principe que l'ANP est taillée sur un modèle unique qui serait la version « light » de l'armée soviétique ? Tout d'abord, pour ce qui serait du modèle unique, j'explique clairement que l'adoption d'une doctrine militaire a été un processus long, depuis le concept de « défense révolutionnaire » que défendait Ben Bella à la détermination de Boumédiène de voir l'armée algérienne être structurée et fonctionner sur le modèle soviétique. Détermination (encouragée par les Soviétiques à partir de 1966) qu'illustre notamment la volonté d'organiser des divisions plutôt que des brigades. Dans un premier temps, cette ambition n'aboutit pas ; il y aura des brigades plutôt que des divisions. En l'occurrence, l'Algérie s'adapte. Elle n'importe pas une doctrine. Elle la crée à partir d'influences différentes : le concept de défense populaire, la doctrine militaire soviétique et une bonne quantité de pragmatisme (formation des officiers pas uniquement en URSS). Pragmatisme que l'on retrouve dans de nombreux armées arabes.

A ce sujet j'ouvre une parenthèse : de toutes les armées « arabes », une seule est profondément marquée par la doctrine militaire soviétique après 1967 : l'armée syrienne. Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Liban, Irak, pays du Golfe héritent d'influences diverses, adaptent elles aussi avec des fortunes diverses (l'armée irakienne, par exemple, mélangeant les doctrines militaires britanniques et soviétiques)...

Pour revenir à l'Algérie, en effet, de très nombreux officiers algériens passent par les académies militaires occidentales, dont Saint-Cyr. D'autres bénéficient même de « stages » en France, après avoir été formés dans les écoles militaires soviétiques. Cependant, de 1971 au début des années 1980, un peu plus de 1 000 Algériens sont formés dans les écoles militaires françaises quand, dans le même temps, plus de 3 500 le sont en URSS ! Si les pilotes de chasse algériens apprennent d'instructeurs français à Bou Sfer, c'est en URSS que leurs sont inculqués le maniement des MiG, les tactiques de combat aérien. Dans le courant des années 1980, jusqu'à 20 % des équipages de sous-marins algériens sont Soviétiques... De 1963 à 1986, Moscou octroie pour 7,4 milliards de dollars à Alger soit 15,8 milliards de dollars 2013 ! Entre 1981 et 1986, l'Algérie achète pour 3 milliards de dollars d'armes auprès de l'URSS et des pays de l'Est (6,4 milliards de dollars actuels) contre seulement 400 millions à l'Ouest (854 millions de dollars actuels) ; or, la vente d'armes dans de telles proportions implique aussi de fournir certains aspects de la doctrine militaire qui « vont avec ».

Au bilan, comme je l'écris « la doctrine soviétique prévaut » ; bel et bien. Que signifie « prévaloir » ? Si la doctrine soviétique prévaut, cela n'exclut pas pour autant d'autres influences (dont celle de la France comme vous l'indiquez fort justement). Oui, des officiers algériens sont formés à Saint-Cyr et dans d'autres académies militaires de l'Ouest. Oui, dans les années 1980, l'Algérie envisage d'acheter des Alpha Jet en remplacement de ses Fouga Magister, ou encore de confier à la France l'organisation de sa défense aérienne. Reste que ces projets ne se concrétisent pas alors que dans le même temps, le pays constitue des divisions blindées et d'infanterie mécanisée qui reprennent les tables d'organisation et d'équipement des divisions soviétiques... Choix qui implique de se conformer à une doctrine bien précise. En résumé, la doctrine militaire soviétique prévaut bel et bien. Néanmoins, ça n'est pas la seule influence. Donc, non, je n'écris pas que l'ANP est taillée sur un modèle unique version « light » de l'armée soviétique...

Par ailleurs, citez-moi les passages dans lesquels je ne cesserais de décrire l'encadrement algérien comme peu efficace vis à vis de son homologue marocain (vos mots) ? Au lieu de cela, je souligne que l'Algérie « se montre critique sur la politisation de ses cadres expatriés » et sur la « dépendance technique savamment entretenue par Moscou »... Regard critique de ces militaires qui sous-entend plutôt que ces derniers sont très loin d'être des abrutis ! En guise de conclusion sur la problématique des doctrines, j'écris « Au bout du compte, Algériens comme Marocains ont appris qu'une doctrine militaire n'a de sens que si elle s'amende des contingences locales et évolue en conséquence. » En somme, j'écris exactement le contraire des constatations que vous m'imputez !

In Amenans prouve quoi ? Cette crise prouve que les forces spéciales algériennes « restent encore marquées par l'état d'esprit « sptesnaz » (en caricaturant, davantage « super commando » que « force spéciale »). Donc, s'il reste beaucoup à faire comme le prouve In Amenas, les forces spéciales/commandos algériens évoluent notamment car les personnels qui composent ces unités sont intelligents, professionnels, conscients de leurs faiblesses et déterminés à remédier efficacement à celles-ci. Pour les autres exemples de prises d'otages massives, je vous invite à jeter un œil ici :
Je parle notamment de la Mecque ou de Beslan ; les autres exemples, j'ai donc été « les chercher ». Malgré tout, vous avez raison sur un point ; dans le billet sur In Amenas, j'ai oublié l'affaire d'Ouvéa. Je suis d'accord pour dire que cette crise a été mal gérée, entraînant des pertes humaines qui auraient pu être évitées.

Pour les comparaisons à foison avec des armées « exotiques », je vous réponds que si, effectivement, comparaison n'est pas raison, on ne peut comparer que des choses, des situations, des problématiques pour lesquels il existe des points de similitude (ce qui, une fois encore, n'exclut pas aussi des différences). Similitudes qui existent bien, dans des proportions variables avec la Libye, le Soudan, etc (j'aurais également pu citer l'Egypte).

Concernant le terme « exotiques », qu'entendez-vous par là ? Une armée mérite-t-elle le label « exotique » parce qu'il existe relativement peu d'études sur elle ? Le mérite-t-elle parce qu'elle se situe géographiquement et culturellement loin de ce qu'est ma propre culture de Français ? Soit, « armée exotique » si vous voulez ; après tout, si l'on considère la racine grecque, sémantiquement, ça n'est pas faux. Quoi qu'il en soit, je ne considère pas ces armées comme « exotiques » mais comme des sujets de recherches, d'études. Je m'intéresse à leur Histoire, à leur évolution, leurs matériels, leurs atouts et carences... Evidemment, ces armées peuvent être considérées comme « originales » puisqu'elles sont (là encore, relativement) confidentielles. Mais ce qui, avant tout, attire mon attention, c'est qu'il s'agit d'armées, qu'Histoire militaire et forces armées sont ma passion et ma profession. Mon attention va autant à la guérilla tibétaine à la fin des années 1950 qu'aux forces iraniennes en passant par l'armée française aujourd'hui...

A propos des « a priori » et autres « ils semblent » qui selon vous constellent mes écrits sur les forces algériennes (souhaitez-vous en faire le décompte ? Je m'y suis amusé et, en réalité, il y en a bien peu...), j'estime qu'il y a derrière une exigence d'honnêteté intellectuelle. Je n'ignore pas qu'il est, de nos jours, de bon ton dans le domaine journalistique d'affirmer tout et n'importe quoi en l'assénant comme autant de vérités et ainsi de se faire « mousser » en tant que « celui qui sait ». Or, je rejette cette mode qui doit aux nécessités de « l'information en direct » et à des ego surdimensionnés. A ce titre, je suggère la lecture d'un billet de Michel Goya : http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2013/11/medias-amygdales-et-heisenberg.html. Je rejette viscéralement cela. De fait, j'ai l'honneur d'échanger avec des gens aussi passionnés que moi (militaires en activité ou "retirés des affaires" dans différents coins du monde) et qui ont la « qualité du recul » qui les rend capables de nuancer le degré de certitude de ce qu'ils avancent.

C'est dans cette logique là que j'inscris mes recherches. Lorsque je cite une information qui provient d'une source considérée comme fiable, que cette information me semble vraisemblable (en raison d'un contexte ou d'autres données annexes) mais que des éléments manquent pour la recouper et qu'un doute infime subsiste quant à sa véracité, je l'estampille d'un « il semble », d'un « a priori », d'un « à première vue ». Ne reprenons qu'un seul exemple de « il semble », portant sur la date d'adoption de la structure divisionnaire pour engerber brigades et régiments. 1986 semble être cette date car elle revient dans plusieurs documents sérieux, date qui m'a également été citée par des individus qui n'ont rien de farfelus. Cependant, d'autres documents, également sérieux, mentionnent 1987, 1988... J'aurais pu écrire que la structure divisionnaire a été instaurée dans les années 1980, mais puisque 1986 fait figure de date probable, pourquoi ne pas l'évoquer ?

Vous qualifiez, Monsieur, mon travail de « bien trop lacunaire et basé sur des a priori récurrents qui reviennent sans cesse concernant l'Algérie et son armée. » Ecrire, c'est s'exposer à la critique. Dès lors, j'entends bien vos reproches. Mais puisque vous écrivez, permettez-moi d'affirmer, à mon tour, que vous ne me lisez qu'avec l’obsession que je dénigre (voire méprise) l'armée algérienne, que je ne l'analyse que d'une manière caricaturale. Alors qu'en fait, il n'en est rien : je démontre quelle a été son évolution après des débuts difficiles, je démontre qu'elle s'aligne au même niveau que l'armée marocaine et qu'à terme, elle est susceptible de devenir « meilleure » que l'armée chérifienne... Bref, vous partez du principe que je ne considère pas l'armée algérienne à sa vraie valeur et ne considérez mes réflexions que sous ce prisme et ne voyez rien d'autre.

C'est dommage : il semble (oui, "il semble", car "jusqu'à preuve du contraire") que vous ayez beaucoup plus à apporter que les stupides commentaires d'Algériens insultant les Marocains (et de Marocains insultant les Algériens) que je reçois trop souvent (et ne publie pas). Vous êtes évidemment libre d'estimer que mon travail est lacunaire, mais cela sous-entend donc que vous connaissez bien mieux que moi les forces armées algériennes. Tant mieux si c'est le cas, mais alors, n'hésitez pas à éclairer de vos lumières tous les « il semble » (sources solides à l'appui). Dates, précisions, chiffres, confirmations ou infirmations... A l'image de ce qu'est l'armée algérienne, mon travail évolue au fil des ans, au gré des recherches et des informations glanées, recoupées ou qui en recoupent d'autres. Cette brève étude sur le rapport militaire Algérie-Maroc, dans le cadre de courses aux armements, n'y fait pas exception ; avec pour ambition de transformer les « il semble » en faits totalement acquis.

Cordialement

1 commentaire:

  1. Mr Laurent Touchard,

    C'est un peu par hasard que je suis tombé sur votre blog. C'est un plaisir de lire des articles dignes d'intérêt et je me demandais s'il était possible de participer, avec votre collaboration, à la publication d'articles.

    Je suis un passionné de géopolitique en particulier quand le sujet concerne l'Algérie ou le monde arabe

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