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vendredi 19 décembre 2014

RUPTURE AVEC JEUNE AFRIQUE





Ma collaboration avec Jeune Afrique a cessé le 19 novembre 2014. Je n'anime plus le blog défense du site tandis que ma plume disparaît définitivement de l'hebdomadaire. Le souci de cohérence préside à ma décision de rompre avec la rédaction. Je m'en explique ici pour mes lecteurs afin de les informer de cette rupture et de son contexte.

Durant environ deux ans, j'ai insufflé à mon travail ce que Serge Halimi décrit ainsi : « A quoi peut servir un journal ? A apprendre et à comprendre. A donner un peu de cohérence au fracas du monde là où d'autres empilent des informations. »1 Dans cet esprit, j'ai proposé la création d'un blog défense que j'ai enrichi d'analyses pointues. J'ai accepté de le faire pour un forfait mensuel dérisoire, trois à quatre fois inférieur à ce que j'aurais touché (environ 1 200 euros mensuels net) si j'avais été payé à la pige, c'est à dire au nombre de signes.

J'ai accepté cela par idéalisme, convaincu que la mission de celui qui œuvre pour un média est de donner à apprendre et à comprendre au lecteur. Las, début novembre m'a été annoncée une réduction drastique de la longueur de mes billets (plus de la moitié) ainsi qu'une sensible diminution de leur fréquence théorique (trois au lieu de quatre). Baisse de régime ayant – évidemment – pour corollaire une baisse de la rémunération. Toujours par idéalisme, je prenais acte. Il me fallait toutefois réfléchir à la manière de concilier respect de l'intelligence du lecteur, refus d'empiler l'information, éthique de la nuance qui nécessite de longues mises en perspective et... réduction du format décrétée par la rédaction.

Afin de nourrir cette réflexion, j'ai parcouru le site de Jeune Afrique, non sans fierté quant à mes travaux. Cependant, un article que je n'aime pas m'a conduit à deux éditoriaux signés par le directeur de la rédaction, François Soudan. Concernant l'article, outre le titre racoleur, « L'Afrique de papa revient, vive l'ingérence ? », son contenu cristallise ce que je reproche souvent aux médias généralistes. Le colonel Michel Goya le résume très bien : « (…) c'est ainsi que l'on raconte souvent n'importe quoi en la matière [pour les questions militaires] sur les plateaux de télévision.»2

Article pourtant sans commune mesure avec la virulence des deux éditoriaux publiés à moins d'un mois d'intervalle. Dans le premier, « D'un virus à l'autre », je fus abasourdi de lire : « (…) les jihadistes qui sévissent des montagnes du Djurdjura aux plateaux du Xudur présentent un avantage stratégique considérable à ceux qui les combattent : ils sont infréquentables » et plus loin « Du coup, ce qu'il faut bien appeler une recolonisation sécuritaire de l'Afrique (et bientôt sanitaire, si Ebola est pris en charge en tant que menace mondiale) passe inaperçue. » En somme, les jihadistes sont bien pratiques pour masquer une « recolonisation sécuritaire » de l'Afrique. Quelle autre manière de lire ce qui est écrit ?

Dans le second éditorial, était critiqué un documentaire de la BBC sur le génocide rwandais. Je rejetais catégoriquement une des remarques sur ledit documentaire, précisant qu'il « (…) reprend en réalité sans aucune distance les thèses et arguments révisionnistes répétés ad nauseam depuis vingt ans, notamment en France où ils se confondent allègrement avec la défense et illustration du rôle 'humanitaire' de l'armée pendant l'opération Turquoise. » Je défends sans réserve l'action humanitaire de l'Armée française durant cette opération, menée dans d'effroyables conditions, avec une situation sur le terrain des plus confuses. Cela ne m'empêche pas d'affirmer que le génocide est une abominable réalité. Cela ne m'empêche pas d'avoir le sentiment que Paul Kagamé ne commandita pas l'attentat qui déclencha le déferlement d'atrocités. Pourtant, cette sentence fait de tous ceux qui ont une analyse nuancée sur la tragédie rwandaise des révisionnistes, moi compris.

Durant les deux années de collaboration, je n'ai pas lu un seul article résolument hostile aux Opex en cours en Afrique. Bien au contraire : elles ont même été applaudies. Elles ont été considérées comme indispensables, précieuses pour les pays concernés, pour les populations en danger. A titre d'exemple parmi plusieurs autres, la présence militaire étrangère (américaine et française) a même été décrite comme bénéfique3... Pas une fois les jihadistes n'ont été présentés comme « utiles » aux Occidentaux pour « recoloniser sécuritairement » l'Afrique. Du fait de ce brutal changement, j'ai donc pris la décision de cesser toute collaboration, invoquant la clause de conscience.

Selon la rédaction, je me prévaux abusivement de cette clause, tandis que ce qui motive mon départ n'est que le fruit d'interprétations. M'est spécifié que les opinions du journal n'ont jamais empêché la publication des miennes, différentes. Partant de là, est déploré que je suis loin de faire preuve d'un tel esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté. Considérations bien en décalage avec ce que je n'ai cessé d'apporter à Jeune Afrique.

Pour ce qui est d'interpréter, je laisse au lecteur le soin de forger son propre avis quant aux phrases qui motivent ma décision. En ce qui concerne mes carences en terme d'esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté, je m'interroge. Que serait devenu le blog défense et combien de temps serais-je resté collaborateur de Jeune Afrique si j'avais rédigé au détour d'un billet :  « Les génocidaires qui ont massacré de Kigali au massif de Bisesero présentent un avantage stratégique considérable à la légitimité de l'actuel Président du Rwanda : ils sont indéfendables. » ajoutant encore : « Du coup, ce qu'il faut bien appeler un régime dictatorial au Rwanda passe inaperçu. » ?

Je ne l'ai pas écrit par « responsabilité de la plume publique ». Pourtant, je n'apprécie pas Paul Kagamé. D'ailleurs, mon esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté m'amène à m'interroger sans malice : quand lirai-je un éditorial dénonçant sans circonvolutions les arrangements du maître de Kigali vis-à-vis de la liberté d'expression ? A quand un éditorial dénonçant sans ambiguïté les actions coercitives violentes (jusqu'à l'assassinat) du chef de l'Etat rwandais contre ses opposants ? Puisqu'il est question de recolonisation soft4 de l'Afrique notamment par l'Armée française, parler d'une dictature5  soft au Rwanda ne devrait pas poser de problème.

Est-ce ne pas faire preuve d'esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté que de se positionner ? A ce titre, je note une contradiction cocasse. Si je pense vraiment ce qui motive mon invocation de la clause de conscience, alors c'est que je n'aurais sans doute jamais dû travailler avec Jeune Afrique. Étrange raisonnement. D'une part, je manquerais donc d'esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté. Admettons. Mais d'autre part, j'aurais fait preuve de trop de cet esprit en choisissant de collaborer avec Jeune Afrique ! Comme l'on disait autrefois, cela ne manque pas de sel.

Dernier point qui m'autorise aussi à être dubitatif quant à mes supposées carences morales : je n'ai pas le sentiment d'avoir manqué d'esprit d'ouverture en acceptant d'oeuvrer au blog défense de Jeune Afrique pour une rémunération des plus modestes au regard de ce que j'apportais. Mon travail a d'ailleurs été jugé « de qualité ». Mon esprit d'ouverture a-t-il été minimisé lorsque j'aidais – le plus souvent gracieusement - les journalistes de la rédaction, répondant en détails aux sollicitations diverses sans jamais compter mon temps ? Je n'ai pas le sentiment d'un défaut de tolérance lorsque j'évoquais par écrit un désaccord quant au traitement d'un point ou d'un autre, accompagnant systématiquement mes remarques d'une phrase proche de « Mais c'est la liberté d'expression de l'auteur que d'écrire cela».

Publier un entretien neutre avec le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian ne change rien ; les sentences qui motivent ma décision ont été écrites et, elles aussi, publiées par Jeune Afrique. Si elles sont passées inaperçues, elles n'en sont pas moins graves. Non, « l'Afrique de papa » n'est pas de retour. Non, la France ne profite pas du caractère indéfendable des jihadistes pour « recoloniser » doucement l'Afrique. Non, taper iniquement sur l'Armée française n'est pas la preuve d'un esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté. Non, tous ceux qui défendent l'honneur des soldats français durant l'opération Turquoise ne sont pas des révisionnistes.

Si certains médias généralistes sont effectivement libres de tenir un discours contraire, c'est également ma liberté de ne pas aller dans ce sens, de l'exprimer et de m'éloigner d'eux. Ce, sans pour autant que mon propre esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté ne soit mis en cause, d'autant qu'à l'évidence, je n'ai pas été avare de ces qualités morales.



1 Le Monde Diplomatique, octobre 2012.
2 Les opérations militaires à l'usage des médias par Michel Goya ; http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2013/12/les-operations-militaires-lusage-des.html, décembre 2013.
3 Djibouti, militaires du monde sur le pont ; Jeune Afrique, 15 juillet 2013.
4 Couverture de Jeune Afrique dans lequel est publié « L'Afrique de papa revient ».
5 Amnesty International ; Courrier International repris par l'UNHCR ; Slate Afrique ; France Inter (émission passionnante), Reporters sans Frontières (RSF), le Monde, etc, etc...

vendredi 14 novembre 2014

Controverse : DE LA CRITIQUE DES MEDIAS, UN EXERCICE SAIN


Sous-marin K141 Koursk (photo via Wikicommons).




"Dans la disproportion de l'effet médiatique entre la mort d'un soldat les armes à la main et le décès d'un manifestant: Entièrement d'accord. Devons nous pour cela jeter une opprobre (un peu fascisante) sur les médias?
L'histoire militaire du XX° siècle est plein d'exemples où le silence a été l'apanage dans bien des cas, mais aussi l'éclairage d'une situation somme toute normale a été à la une des journaux . Ne pouvons que le constater, mais les citoyens occidentaux que nous sommes savent de plus en plus discerner les différences d'échos.
Pour la Russie, nous ne sommes pas en guerre, ce grand pays chrétien (et en grande partie européen) aura dans un avenir plus ou moins proche son utilité, surtout pour nous habitant de la vieille Europe.
"
(Ici, en réponse au billet précédent)


 Ce commentaire est des plus intéressants, générateur de réflexions diverses. Son auteur a raison de s'interroger quant à l'impression que peuvent donner mes récents billets, à savoir jeter l'opprobre (un peu fascisante) sur les médias. Néanmoins, il ne s'agit que d'une impression : des médias libres sont indispensables à la démocratie, je le crois. Cependant, la liberté des médias est-elle contradictoire avec la responsabilité, avec l'égalité de "traitement" des sujets ? En seconde partie, j'évoque le « cas russe » et enfin, je m'autorise une parenthèse sur les raccourcis et la ré-écriture de l'Histoire. Plan décousu, mais qui s'organise davantage comme une réponse argumentée que comme un billet à part entière.

 
Fasciste ?

Politiquement, je rejette les discours extrêmes, autant ceux de gauche que ceux de droite (discours que j'ai d'ailleurs dénoncés dans un de mes billets sur le site de Jeune Afrique, au sujet de l'Etat Islamique). Cela ne m'empêche pas d'avoir des convictions fortes, mais pas de celles qui crachent sur la Démocratie. Non, en ce qui concerne les médias, je déplore deux choses en particulier : l'appréhension du temps désormais définie par les nouvelles technologies de l'information, contraignant les rédactions généralistes à privilégier la vitesse et un indéniable antimilitarisme, ou au mieux, une profonde ignorance de ce qu'est l'institution militaire. Antimilitarisme et ignorance étant d'ailleurs liés.

Je suis patriote, oui. Dommage que l'affirmer aujourd'hui soit automatiquement interprété comme synonyme de « extrémiste de droite ». Au titre de patriote, donc, je déplore le regard fréquemment porté par des hommes et femmes de médias généralistes sur l'Armée française et ses actions, sur les services de renseignement. Certes, pas tous les hommes et femmes de médias : plusieurs observent et réfléchissent intelligemment (y compris dans la critique). Ceux-ci ne sombrent dans la rhétorique du cliché, de l'ironie primaire. Ils ne font pas preuve d'irresponsabilité ou de parti pris hypocritement déguisé en « liberté d'expression » avec des manchettes de révélations. C'est cela qui m'agace et, la liberté d'expression m'autorise à souligner, à répéter, à transmettre fort et clair que les militaires français font un travail exceptionnel en faveur de la paix et de la démocratie, avec un dévouement extraordinaire dans des conditions terriblement difficiles, depuis des décennies.

Je poste peu sur ce blog du fait de plusieurs travaux en cours (Bernard Fall notamment). Mais l'un de ces travaux passe désormais en P1 : un essai consacré aux rapports entre les médias généralistes français, leur regard sur la guerre (conflits armés en général) et ce qu'ils baptisent facilement « la grande muette » (sans d'ailleurs connaître l'origine de cette expression qui n'a rien à voir avec le manque de communication militaire), dans une perspective historique et générale. J'y analyse que, non, les journalistes ne sont pas devenus plus mauvais que par le passé, que pour beaucoup d'entre-eux (reporters), la situation n'est pas simple, qu'eux aussi font souvent un travail exemplaire.

Bref, si je m'autorise un peu de passion dans l'essai en question, j'y récuse également le cliché facile du « tous pourris » qui, lui aussi, serait inique à l'encontre de la profession journalistique. Il n'en reste pas moins qu'il suffit de se balader dans les articles de la presse généraliste pour constater que l'armée française est plus souvent décrite avec une évidente ironie qu'avec un respect solennel. Tout comme chacun est libre de cette ironie, je suis également libre de m'en offusquer et de ne pas l'apprécier. Quant à la critique des médias généralistes, elle n'est pas globale, mais porte sur des spécificités qui m'interpellent, voire m'irritent (culte de la révélation, espace de réflexion qui se réduit à l'aulne de la taille des écrans de smartphone, simplisme...). Est-ce pour autant que les journalistes sont inutiles ? Bien au contraire. Si le résultat intéresse un éditeur, il sera publié. Dans le cas contraire, je le mettrai en ligne intégralement, ici.


La Russie, proche de nous ?

Concernant la Russie... Nous ne sommes pas en guerre, non. Et je m'en réjouis. Je n'annonce pas non plus un inévitable et prochain conflit. Toutefois, je m'alarme de faits qui à mon sens – de ce que j'en déduis – nous annoncent de grosses tensions diplomatiques avec Moscou et, par extension, nous annoncent aussi des dangers inhérents à ces crises où l'ego peut vite prendre le pas sur la raison. La violence physique s'invite alors dans le débat. La guerre est bien la « continuation de la politique par d'autres moyens », mais aussi la continuation de la psychologie de dirigeants. De fait, la recrudescence d'interceptions d'avions russes, le jeu du chat et de la souris sur les côtes suédoises avec un (des) sous-marin(s) Piranha ne m'apparaissent pas comme étant de bon augure. Le tout dans la continuité d'un revers diplomatique de ce que j'appelle l' « Occident Atlantique » (par contraste avec l' « Occident de l'Est ») à propos de la crise syrienne à l'été 2013.

Et ce ne sont pas les seuls faits, à l'instar de la protection accordée par les autorités russes à Snowden. Nonobstant l'illusion d'un front commun suite au déclenchement de la « guerre contre le terrorisme », la Russie de Vladimir Poutine (je n'écris pas « la Russie », mais bien « la Russie de Vladimir Poutine ») n'affiche une sympathie pour l' « Occident Atlantique » que lorsque cela sert sa stratégie (l'ultimatum autour des BPC Mistral en fait partie). Je n'ignore pas que la Russie fait figure de pays chrétien, avec des valeurs proches des nôtres (culturellement parlant). Pourtant, quiconque se penchera sur la question sera ébahi de découvrir qu'une partie non négligeable de l'opinion publique russe, mais aussi des décideurs, sont au mieux méfiants, au pire radicalement hostiles vis-à-vis de l'  « Occident Atlantique ». Pas juste Washington, mais également l'Europe. La Pologne n'étant pas des moindres ; Varsovie le sait et sa politique de défense le traduit. Or, Varsovie est également proche de nos valeurs, est également un pays chrétien. Pourtant, son histoire conflictuelle (et sanglante) avec Moscou l'incite à la prudence...


Différences d'approches

Prenons un exemple édifiant : considérons le nombre de productions télévisuelles patriotiques russes, aujourd'hui. En d'autres temps, celles-ci auraient été appelées de la « propagande ». Héros de l'Union Soviétique, opérations de la Grande Guerre Patriotique, efficacité de l'armement russe hier, aujourd'hui, demain... Je n'ai pas de statistiques pour étayer ce qui suit, il ne s'agit donc que d'une observation personnelle qui demande à être vérifiée : de visu, donc, les Etats-Unis réaliseraient (et diffuseraient) considérablement moins de documentaires, séries télé, téléfilms et films de cet acabit. Productions dont le contenu est souvent ahurissant en terme de relecture « orientée » de l'Histoire. J'invite le lecteur à en visionner quelques-unes, par exemple via Youtube. Il vérifiera par lui-même que ce qui précède... repose sur des faits bien concrets, qui ne peuvent être niés.
 

Un exemple parmi des centaines d'autres (littéralement) ; un reportage de la chaîne RT, chaîne d'information en continu de l'agence médiatique gouvernementale RIA Novosti, sur les Spetsnaz... Rien que sur la RT, le nombre de sujets de ce genre est considérable. Comme si France 24 produisait des dizaines de reportages sur l'Armée française, son armement, son efficacité, ses guerres, le tout sous un jour autrement plus laudateur que ce que celui pour parler de nos forces, avec un esprit très anti-occidental (France comprise). Et la RT n'est pas une exception... En conséquence de quoi - et cela nous échappe par trop - oui, il y a bien une "information" patriotique russe dense et pas franchement amicale.

Ils glorifient le culte de la résistance à l'ennemi nazi. Ont-ils tort ? Non : le nazisme était à abattre, à éradiquer. Là où il y a lieu d'être nettement plus mitigé et surtout, où il y a lieu de ne pas être aveugle, c'est que dans lesdites productions (mais aussi les discours), l'ennemi nazi est insidieusement relié à l' « Occident Atlantique », par d'incroyables raccourcis. Les sondages l'illustrent : un grand nombre de Russes ne veulent plus voir leur pays humilié comme il l'a été à la fin des années 1980 et nous perçoivent comme ennemis, confortés en cela par des discours politiques et médiatiques. Parmi ces Russes, beaucoup fulminent de cet effondrement et sont fiers des gesticulations de leur chef et de leur armée. Je ne caricature pas : il suffit de demander à un Russe ce qui est responsable du naufrage du Koursk, quatorze ans plus tôt. Tous ne répondront pas qu'il s'agissait d'un accident et confieront qu'il a été coulé par un sous-marin de l'OTAN ou américain. Et ne nous y trompons pas, pour le Russe lambda, l'OTAN, c'est aussi la France.

J'invite aussi le lecteur à lire les déclarations de Mikhaïl Gorbatchev pour qui le monde est aujourd'hui à la veille d'une nouvelle Guerre Froide. L'ancien Secrétaire général du parti communiste soviétique souligne notamment « qu'ils veulent commencer une nouvelle course aux armements », idée très présente dans les médias russes. Or, les entités de défense de Washington à Berlin ne sont pas au mieux de leur forme, entre les réductions d'effectifs, les délais (voire abandon) de programmes, les coups de rabot budgétaires... En revanche, les ambitions russes ne manquent pas d'être affichées... Est demandé à Gorbatchev qui est le « ils » ; sa réponse va dans le sens de ce qui précède. Les Russes ne sont pas nos ennemis, mais Poutine a-t-il envie d'être notre ami sincère ?


Parenthèse sur la perception de l'Histoire : ré-écriture, de 1914-1918 à Zemmour

Parenthèse indispensable pour éclairer autrement la logique de la ré-écriture russe de 1939-1945, notre propre ré-écriture de la guerre de 1914-1918. Non, elle n'a pas été menée qu'avec des gens « qui ne pensaient qu'à rentrer chez eux ». Dans nos contrées, nous célébrons le début de la Grande Guerre. C'est bien. Toutefois, je note que nous ne parlons que de victimes, jamais de combattants. Par ailleurs, nous ne distinguons plus vainqueurs ou vaincus. Même si des historiens (et plus anecdotiquement, des éditorialistes) s'inscrivent dans cette logique, je la trouve dangereuse.

Dans une guerre, il y a des vainqueurs et des vaincus (même si les choses sont plus complexes géopolitiquement, socialement, humainement, etc). Cultiver qu'il n'y a ni vainqueur, ni vaincu mais juste des victimes, c'est mettre sous le tapis, comme de la poussière dont on ne sait pas quoi faire, le nationalisme vindicatif de nombre de soldats qui se battaient rageusement sur le front (pas uniquement des hommes politiques ou des gens de l'arrière, donc). Quid aussi de l'héroïsme (pour les camarades, pour survivre, par folie, voire même pour la Patrie) ? Quid de ceux qui « détestaient le Boche » sans avoir besoin de la propagande outrancière de l'arrière pour cela1. Le film (adapté d'une série d'ouvrages) Capitaine Conan, de Bertrand Tavernier, est pour quantité d'historiens très réaliste. Or, dans celui-ci, la combativité, la bravoure, la frénésie guerrière y sont narrées (bande annonce ici et, un commentaire de Bertrand Tavernier sur son film ; l'ensemble du propos est intéressant mais pour ceux qui ne voudraient pas tout écouter, je recommande de le faire à partir de 5'20).

L'auteur sait de quoi il parle : mobilisé en 1914, sa vue déficiente lui vaut de servir comme brancardier. Sous le feu ennemi, il évacue les blessés et les mourants lors des terribles batailles du début de la guerre. Pour combler les pertes en officiers, l'armée française fait flèche de tout bois. Vercel entre donc à Saint-Cyr. Il participe encore aux meurtrières batailles de l'Yser, de Champagne et enfin de la Somme où les Britanniques (et troupes du Commonwealth) ne sont pas seuls à combattre. Il part ensuite sur le méconnu front d'Orient. Expérience qui lui servira d'inspiration pour son oeuvre qu'il rédigera après la guerre, devenu professeur de lettres. Ses positions antisémites durant la Seconde Guerre mondiale lui vaudront d'être mis à la retraite d'office en 1945 (voir sur Wikipedia).

Ce genre de raccourcis sur des soldats qui n'auraient aspiré qu'à la paix universelle n'a rien à envier aux sornettes d'Eric Zemmour sur Vichy « protégeant » les juifs français. Plus de trente-six mille d'entre eux (sur environ 180 000) avaient combattu en 1914-1918, courageusement, versant eux aussi leur sang pour la France. Dès lors, des fonctionnaires de Vichy redoutaient que l'arrestation et la déportation de ces anciens combattants nuisent au régime, qui, justement, s'appuyait beaucoup sur la symbolique de la Grande Guerre et de ceux des tranchées commandés par un Pétain économe en vies2. Si les juifs français ont été relativement « épargnés », nulle compassion chrétienne de Vichy, mais un calcul par « contrainte » politique : ne pas se mettre à dos quantité d'ex-Poilus de 1914-1918.

Même les plus antisémites n'auraient pas apprécié de voir leurs frères d'armes arrêtés et expédiés vers un inconnu inquiétant. Ainsi, lorsque est créée en 1940, suite à la défaite, la Légion Française des Combattants, qui voit fusionner toutes les associations d'anciens combattants, ceux de confession juive peuvent y adhérer. Le colonel François de la Rocque est alors un des piliers des associations d'anciens combattants, fervent catholique (d'aucuns diraient « traditionaliste »). En 1936, son mouvement compte plus de 300 000 membres (la France compte alors 41,5 millions d'habitants)3. Il dénonce l'antisémitisme. Il contribue de facto à ce que Vichy se montre plus attentive à ces « Français à l'étoile jaune » qu'aux autres. Malgré tout, plus de 4 000 seront déportés. On le voit, Pétain n'a certainement pas agi par grandeur d'âme. N'en déplaise à Monsieur Zemmour4.

Les Russes ré-écrivent l'histoire de la Grande Guerre Patriotique comme cela leur plaît. A ce titre, en dépit d'une position officielle de Moscou depuis 2010, la présentation du massacre d'officiers polonais – en majorité chrétiens – à Katyn, est elle aussi édifiante. Si Vladimir Poutine condamne, il a également minimisé le crime. Les exactions soviétiques en 1945 font partie de l'abominable histoire de cette guerre. Le génocide commis par les nazis ne justifie absolument pas la barbarie d'une partie des troupes soviétiques en 1945. Même les déportées en « errance » sur les routes des territoires libérés, livrées à elles-mêmes, gardes SS en fuite, étaient la proie de soldats soviétiques ivres de vengeance... La guerre de 1939-1945, c'est aussi cela. Tout comme celle de 1914-1918, ça n'est pas que des soldats victimes tous fraternellement endormis dans la mort. Le cliché d'une armée prête à mourir pour son pays comme un seul homme, la fleur au fusil ne vaut pas mieux. L'histoire est bien plus complexe, à l'instar de la géopolitique.


En conclusion, non, je ne suis pas fascisant, je réfléchis à partir de ce que je vois. Je l'exprime ensuite tel que je le conçois, sous l'inévitable prisme de mes connaissances et de mon expérience, mais en m'efforçant de garder à l'esprit un contexte global, la réalité de l'Autre. Je ne suis pas fascisant. Je ne suis pas haineux vis-à-vis des médias généralistes. Je ne suis pas non plus anti-russe. Je m'efforce de m'adonner à la recherche à la manière d'un criminologue qui n'envisage pas uniquement un aspect du crime, mais qui considère aussi la réalité du criminel, celle de la victime, celle de leur(s) environnement(s) respectif(s) ou commun(s).

  Merci à ceux qui auront eu la patience de lire jusqu'au bout.




NOTES

1 Un exemple parmi des centaines de milliers d'autres : « Ignoble race de boches. Je ne sais ce que l'avenir me réserve. Mais si l'occasion s'en présente, je le vengerai. » écrit le 27 novembre 1915 par Marcel Papillon au sujet de son frère qui vient d'être tué, in Lettres du front et de l'arrière 1914-1918, Grasset 2004.
2 A noter que le controversé général Mangin n'était pas le monstre sanguinaire généralement décrit (idem pour Nivelle). Il est ainsi l'un des rares, en 1914, à être mitigé quant à la doctrine de l'offensive à outrance, si coûteuse en hommes. Et si les propos racistes qui figurent dans « La force noire » sont évidemment condamnables, ils sont également à replacer dans le contexte de la France coloniale. Mangin était ainsi un des rares à reconnaître des qualités combattantes aux soldats africains quand d'autres – ceux qui les « défendaient » - ne les présentaient que comme de grands enfants naïfs. En somme, comme des idiots. De fait, le général Mangin avait une affection paternaliste, mais affection tout de même, pour ceux qu'il commandait (Blancs ou Noirs, Noirs ou Blancs). Enfin, il détestait Pétain qu'il considérait, semble-t-il, comme un opportuniste.
3 Il sera arrêté par la Gestapo en 1943, puis déporté. Il décède peu après sa libération, sa santé ayant décliné du fait de ses conditions de détention...
4 Le travail de Robert Paxton est considérable et excellent. Si l'anecdote suivante n'a pas valeur de preuve irréfutable, elle dit bien ce qu'elle veut dire. Le grand-père de l'auteur de ces lignes était à Vichy de 1940 à 1944, gendarme au sein de l'escorte motocycliste du maréchal. Fonction idéale pour entendre les conversations des uns et des autres, les tracas et arcanes de cet « univers » bien à part qu'était Vichy. Peu à l'aise avec l'écriture, mon grand-père n'a jamais voulu rédiger ses mémoires. Quatre ans avant sa disparition, je lui suggérai de lire l'ouvrage de Paxton. Ce qu'il fit. Etonnamment car il n'était pas non plus un grand adepte de lecture. Il me raconta ensuite la récurrence, dans les conversations, du problème des anciens combattants et de la « question juive » ; leurs probables réactions hostiles à l'arrestation puis à la déportation en Allemagne de leurs camarades de front. Juifs, certes. Mais camarades de front avant tout. Il ajouta en substance : « C'est vrai, tout ça. » Il se tut ensuite et, malheureusement, n'en parla plus jamais.


mercredi 29 octobre 2014

Polémique : ACTUALITE PLUS QUE JAMAIS FUBAR


Char lourd français B1bis détruit durant la campagne de France ; mai-juin 1940.




  Un sergent-chef français du CPA 10 a été tué, aujourd'hui, le 29 octobre 2014 dans le nord du Mali face à des terrobandits islamistes. Il est le dixième depuis le déclenchement de l'opération Serval. Il est mort pour permettre au Mali - et aux autres pays de la région - de construire une paix solide et durable et non pour le "plaisir de l'ingérence" ainsi qu'il est parfois avancé. Il est mort aux côtés de ses camarades qui accomplissent un travail discret mais prodigieux. La France de 2014 n'est plus celle des colonies. Elle est celle qui voit le chef des forces navales sénégalaises s'exprimer dans une conférence sur le futur des conflits en mer au cours d'Euronaval 2014. Elle est celle qui voit ses soldats imposer non pas une présence mais combattre une meurtrière nuisance.

  Ce sous-officier, il occupe moins de "place" dans les médias que l'homme tué au cours d'affrontements avec les gendarmes. Gendarmes qui à l'évidence n'ont pas démérité, sous la pression d'individus vindicatifs, violents. Dans des conditions difficiles ainsi que l'a rappelé le général Favier. Si la Gendarmerie avait commis une bavure, Denis Favier l'aurait reconnu et en aurait assumé la responsabilité avec la même détermination calme dont il fait preuve pour soutenir ses hommes.

  Et tandis que l'on suspend l'usage des grenades offensives, l'on s'apprête à transférer le BPC de la classe Mistral à la Russie. Que dire de monsieur Mariani qui explique que l'on doit tenir nos engagements, notamment pour des motifs commerciaux ? Les Russes ne sont pas nos amis. Les années à venir nous le prouveront toujours plus douloureusement - à nous et à nos vrais alliés - ; avec une dégradation progressive des rapports entre l'est et l'ouest, à mesure que vieillira Vladimir Poutine, à mesure qu'il filoutera pour s'accrocher au pouvoir. Lui ou un dauphin.

  Un soldat français tué en service, c'est normal [ironie] ; il n'y a qu'à pas "faire de l'ingérence". Et puis, c'est son "métier" d'être tué [ironie] et ne justifie donc pas [ironie] la mise en berne des drapeaux dans le pays. Une grenade qui tue un manifestant parmi un groupe qui ne veut que "casser du keuf", c'est normal [ironie] d'en suspendre l'usage. Un navire d'opérations amphibies de grande qualité cédé à un pays auquel nous serons - au sein de l'Europe - de plus en plus confronté, c'est également normal [ironie]. Plus que jamais FUBAR, tout ça.

samedi 6 septembre 2014

Polémique : JOURNALISME, NEMMOUCHE, SECRET ET NUISANCE


Menwith Hill ; station SIGINT (Signal Intelligence ; renseignement électronique) intégré au réseau échelon. (Phot : Matt Crypto via Wikicommons)




  Mehdi Nemmouche, "(...) aurait été l'un des geôliers des otages occidentaux détenus par l'organisation islamiste" écrit le Monde en ce 06 septembre 2014 et plus loin : "Cette information est le fruit des éléments transmis, ces derniers mois, par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la section antiterroriste du parquet de Paris". Le Point, de son côté, explique : "Une information que le Point détenait et qui n'avait pas été révélée pour ne pas mettre en danger la vingtaine d'otages occidentaux encore détenus en Syrie par l'Etat islamique".

  L'irresponsabilité, pour ne pas dire la connerie de certains journalistes ne cesse de m'abasourdir. Car ces informations font partie de celles qui ne devraient pas "sortir", et qui, même tombant sous les yeux d'un vecteur de médias, ne devraient pas être relayées au public pour d'évidentes raisons : investigations en cours, collecte de renseignement, surveillance d'individus suspects. L'efficacité des services de renseignement s'inscrit dans le fait de savoir sans que l'ennemi le sache.

  La "théorie" de la "fuite organisée" par les services, au profit du pouvoir, pour justifier une éventuelle intervention armée en Irak, m'apparaît comme stupide ; elle révèle une méconnaissance du fonctionnement desdits services dans ce type d'affaires, tout en dédouanant certains journalistes de leur (ir)responsabilité.

  Cette "ère de la révélation" dans laquelle une compagne bafouée peut s'adonner à la jérémiade sur celui qui dirige un pays sous les yeux de l'opinion publique alors que se décide le sort de la sécurité européenne (sommet de l'OTAN en particulier au sujet de l'Ukraine), cette course à la révélation sans aucun recul, aucune mise en perspective, sans véritable réflexion quant aux conséquences possibles (qui ne seront jamais connues ou alors longtemps après) sont une dérive dangereuse du journalisme, du "devoir d'informer".

  Ou plutôt un trait de caractère qui fait fi du bon sens, conditionné par la course à l'information, l'information en temps en réel où l'on vérifie après avoir annoncé, où il faut aller plus vite que les autres quitte à se planter pour des infos fast-food qui de toute manière seront oubliées quelques heures plus tard.

  Je suis atterré de cette révélation du Monde sur Mehdi Nemmouche. Combien d'otages occidentaux toujours en Syrie ? Du jour au lendemain, leur "mise en danger" n'aurait soudain plus d'importance ?


Ps : l'article de Libération, mis en ligne environ deux heures après ce billet, est tout à l'honneur de Patricia Tourancheau :
http://www.liberation.fr/societe/2014/09/06/affaire-nemmouche-c-est-irresponsable-pour-les-otages-qui-restent-en-syrie_1095094

samedi 26 juillet 2014

Revue de détails : LES FORCES GOUVERNEMENTALES ET PRO-GOUVERNEMENTALES SYRIENNES 2011-2014






  Annoncée à plusieurs reprises dans de précédents billets, fruit de trois ans de travail, voici enfin l'étude consacrée aux forces gouvernementales (armée syrienne, milices) et pro-gouvernementales qui se battent en Syrie de 2011 à aujourd'hui : troupes d'élite et régulières de Damas, milices, mais aussi services de renseignements, volontaires étrangers... L'ensemble représente 413 pages d'analyses, d'ordres de bataille, d'inventaires, de tableaux sur les batailles livrées, les doctrines, les tactiques et l'emploi des matériels...

Le document est accessible ici et en lecture directe sur le blog, ci-dessous.



vendredi 20 juin 2014

Critique : LES POILUS DU SUD-OUEST


Les Poilus du Sud-ouest, par Vincent BERNARD, 170 pages, éditions Sud Ouest, 2014



  Le 28 juin 1914, les balles de Gavrilo Princip tuent l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie, l'archiduc François-Ferdinand, ainsi que son épouse. Quelques jours plus tôt, le 20 mai, le chef d'Etat-major de l'armée allemande a sollicité d'entamer les préparatifs en vue d'un conflit avec la France... Conflit qui aura bien lieu au prétexte de l'assassinat de l'archiduc : du 28 juillet au 11 août, les déclarations de guerre fusent...

  Dans Les poilus du sud-ouest, Vincent Bernard raconte ce maëlstrom de bruit et de fureur, vu au travers les gloires et misères du 18ème Corps, à l'origine constitué de citoyens"(...)  girondins, landais, charentais, basques, béarnais ou pyrénéens [qui] quittent leur 'petite patrie' pour se rendre à la guerre". Cependant, bien loin d'être un ouvrage régionaliste, via l'existence de ces hommes qui vivent et tombent dans les terribles batailles de 1914, dans les périodes d'accalmie, dans les offensives stériles, c'est de l'ensemble de l'Armée française dont il est question.

  L'organisation de l'armée de la revanche en 1914, l'état d'esprit, la mobilisation, etc, sont décrits avec une grande rigueur historique. Ainsi, en ce qui concerne ladite mobilisation, le propos est nuancé : si l'enthousiasme n'est pas aussi prononcé que le veut la légende, il n'est pas non plus inexistant, contrairement à ce qu'il est de bon ton d'affirmer aujourd'hui. 

  Approche qui constitue l'un des nombreux intérêts de cet ouvrage : la mise en perspective des évènements et des Hommes. Anonymes parmi les anonymes, écrasés par les enjeux autant que broyés par les obus, ils accomplissent pourtant leur devoir, s'accrochent pour leurs camarades, leur escouade, leur compagnie..

  Les effectifs qui fondent (tout spécialement pendant l'hécatombe d'août 1914), l'engagement en première ligne des "vieux", des très jeunes, est décrit avec chaleur, compassion, humilité. La description sait ne pas être studieusement impersonnelle ; Vincent Bernard sait faire exister les Poilus à chaque page, chaque ligne, chaque mot en expliquant clairement - mais sans être simpliste - comment s'est battue l'Armée française. S'il souligne l'absurdité de la "Der des Ders", il ne dénigre pas pour autant la somme de sacrifices qu'elle représente, l'âme de ceux qui ont été plongés au coeur de l'enfer.

  Un petit livre, oui. Mais je le recommande fortement pour tous ceux (et toutes celles) qui souhaitent se remémorer ce que fût "14-18" pour l'Armée française, qui souhaitent avoir une vue juste de ce qu'était l'institution militaire française à l'époque. Car, encore une fois, si le 18ème Corps est la "trame" de l'ouvrage, l'auteur évoque tous les soldats "garance" puis "bleu horizon"...

mercredi 18 juin 2014

Billets hebdomadaires sur le Blog Défense de Jeune Afrique : LE POINT SUR LES FORCES ARMEES MALIENNES (FAMa)


Entraînement au combat en localité de soldats maliens par des Français de l'EUTM Mali. Si les environnements désertiques ou constitués de reliefs rocheux prédominent dans la zone où sont appelés à entrer en action ces hommes, les localités, même de très petite taille, constituent souvent des points stratégiques objets de toutes les convoitises. Apprendre à y évoluer en présence d'un ennemi, à s'y battre est donc indispensable. (Photo : EUTM Mali)



  Dans deux des récents billets publiés par Jeune Afrique, sont passées en revue les actuelles Forces Armées Maliennes (FAMa) un peu plus d'un an après la reconquête de 2013. Si de notables lacunes - soulignées par les évènements récents - existent toujours, des progrès sont là et doivent être signalés. A l'inverse, lesdits progrès ne doivent pas non plus faire oublier ce qui reste à accomplir, tout spécialement quant à l'approche globale à propos du nord...
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140527131237/
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140605155654/defense-securite-terrorisme-nord-malidefense-ou-en-sont-les-forces-armees-maliennes.html
Un prochain billet sera consacré à la question de l'armement des FAMa.

  Bonne lecture !

samedi 7 juin 2014

Au-delà des mots : RENFORCEMENT SUR LES PLAGES


Un Sherman Firefly débarque d'un LST sur la plage de Sword, le 07 juin 1944 ; armé d'un canon de 17-pounder (76,2 mm), au lieu du classique 75 mm court, il est en mesure de tirer un projectile d'une vitesse initiale supérieure à celle du 75. Dès lors, il est en mesure d'engager les chars allemands les plus lourds (Panther, Tigre...), de front ; ce que ne peuvent pas les Sherman. Du moins pas avec autant de relative facilité.




  Le 07 juin 1944, le Débarquement est un succès. Les Allemands n'ont pas réussi à rejeter les Alliés à la mer comme le voulait Rommel. Commencé la veille en fonction des situations locales, le renforcement des têtes de pont encore fragiles s'intensifie au fil des heures. Il importe de "jeter" un maximum d'hommes et d'équipements afin d'étoffer les fronts qui s'établissent autour des zones de débarquement. Efforts qui se heurtent toutefois à la complexité de la tâche, faute d'infrastructures portuaires et en raison de la surface réduite desdites têtes de pont. La forte densité des troupes et de leurs éléments de soutien, sur un espace limité, est synonyme de vulnérabilité aux tirs de l'artillerie et à d'éventuels raids aériens ennemis.


Cette photo a été prise le 06 juin 1944 après l'assaut initial ; des fantassins de la 1st Infantry Division débarquent du LCT-538. Vers 08 heures 30, le bâtiment s'apprête à amener à pied d'oeuvre son "chargement" humain. Les rampes sont abaissés. Des obus de 88 mm le touchent alors tandis qu'il est pris pour cible par plusieurs mitrailleuses ; poursuivre la mission relèverait du suicide. Le courant se met alors de la partie, faisant dériver le "538". Il heurte une des "asperges de Rommel" (pieu de bois ou de béton auquel est fixé une mine antichar) qui explose. En difficulté, prenant l'eau par la brèche, il s'éloigne jusqu'à trouver un point de débarquement moins exposé. La rampe est encore abaissé... Mais, le "538" est trop loin de la rive et les véhicules coulent. Finalement, les dommages sont réparés. Le LCT entame alors, à l'image de centaines d'autres embarcations, une noria entre les navires de transport au large et la plage, acheminant des milliers d'hommes, comme ici... Le témoignage d'un des marins du LCT-538, Albert J. Berard, vaut d'être lu, ici :
Les équipages de ces navires dédiés aux opérations amphibies sont souvent oubliés. Injustement.


Une autre photographie prise le 06 juin 1944 : des Canadiens de la 3ème Division d'Infanterie Canadienne débarquent sur Juno après l'assaut initial. Le secteur de Juno englobe la localité de Courseulles où le général De Gaulle reviendra en France huit jours plus tard, pour une visite à Bayeux, première ville de France libérée. En raison de la marée, les Canadiens doivent débarquer quelques minutes après les Britanniques qui entrent en action sur Gold et Sword. Du côté de l'adversaire, l'ébahissement s'est estompé. Par ailleurs, les hommes sont "lâchés" plus loin que sur les autres plages. Ils doivent donc parcourir, à découvert, une plus grande distance tandis que les chars sont gênés par les différents obstacles. Si les pertes sur Juno sont finalement beaucoup moins élevées que celles qui étaient envisagées (2 000 hommes), elles sont tout de même très lourdes : 340 tués, 547 blessés et 47 prisonniers.

Sur Utah Beach, des hommes de l'US Navy examinent des "bombes automotrices" neutralisées, véritables ancêtres des robots modernes. Filoguidés, les Goliath roulent jusqu'à leur cible où ils sont alors détonnés. Les chenilles leur donnent de pouvoir circuler plus aisément parmi les décombres des villes. Ils sont d'ailleurs utilisés lors de l'insurrection de Varsovie, du 1er août au 2 octobre 1944.

Omaha Beach dans l'après-midi du 06 juin 1944 ; le "chaos organisé" propre aux troupes américaines (qui ne manquent pas de décontenancer les Allemands) est bien visible. L'Armée américaine est alors loin de ses baptêmes du feu, dans le Pacifique ou en Afrique du Nord. Malheureusement, l'efficacité dont elle s'habille disparaitra dans les mois qui suivront la fin de la guerre, avec pour conséquence un réveil difficile en Corée, cinq ans plus tard.

vendredi 6 juin 2014

Polémique : MEDIAS ET COMMEMORATIONS ; FUBAR !


Un Panther allemand en Normandie examiné par des GIs ; Panther bien "FUBAR". (Photo US NARA)



  Entre un Président de la République française qui visiblement ne s'est pas beaucoup intéressé à la question "Overlord" pour expliquer "Les Anglais qui venaient de débarquer de Pegasus Bridge" (sic) et l'indigence globale des médias, ces commémorations du 06 juin 1944 sont aussi affligeantes que tristes. Les journalistes à l'antenne sont d'une nullité à la hauteur de l'importance de l'évènement, avec une ahurissante "peoplisation" du moindre commentaire. En français, "pipolisation".

  Reconnaissons qu'il faut une certaine virtuosité pour parler de Résistance puis dans la foulée, évoquer les familles de chanteurs ou d'acteurs nées dans les parages... Ces deux gamins puérils que sont Obama et Poutine vont-ils se regarder ? En-dehors du symbole quant au rôle joué par l'Armée Rouge durant la Seconde Guerre Mondiale, on se demande d'ailleurs bien ce que l'ami russe fiche là ? Virtuosité également pour décrire par le détail ce que mangent les chefs d'Etats, les tenues de la reine ou ses sautes d'humeur ! Virtuosité d'un animateur bien connu qui s'extasie de voir autant de gens rassemblés dans la tribune officielle... 

  Les reporters se mettent en scène, gesticulent sur les plages, exaltés tout en accumulant les erreurs. Tel autre expert pourtant renommé qui interrompt son explication sur "Ces jeunes hommes qui... Ah, voilà le Président Sarkozy, il marche sur des dalles installées pour ne pas piétiner dans le sable." Commentaire auxquels font écho les "Bonjour ! Bonjour !" de Sarkozy...

  Les témoignages émouvants de ceux qui ont vécu ces heures terribles et pleines d'espoir, sont noyés au milieu de ces conneries qui polluent la Mémoire. Ce n'est plus du recueillement, c'est un show dans lequel lesdits témoins ne sont plus que des faire-valoir pour ceux qui les interrogent.

  FUBAR comme auraient dit les GIs... Fucked up beyond all recognition. Tout foutu.

  L'heure n'est pas à la polémique ; je vais éteindre la télévision et lire sur le Débarquement. N'empêche, notre manière de traiter la Mémoire, c'est notre manière de construire nos sociétés. FUBAR.

Au-delà des mots : L'HECATOMBE D'OMAHA



Un char du 741st ou du 743rd Tank Battalion mis hors de combat sur l'un des secteurs d'Omaha Beach. Il est muni d'un dispositif (dit de "gué profond", "Deep Wading") qui lui permet d'avancer même si la partie supérieure de la caisse est submergée ; l'eau ne pénètre pas dans le moteur qui reste ventilé. Les Britanniques utilisent pour leur part des Sherman "flottants", des M4A1 baptisés Sherman DD, munis de jupes de flottaison qui, relevées donnent à l'engin de se mouvoir sur l'eau. 

  Le concept est ingénieux, mais les Américains s'en méfient... Néanmoins, chaque bataillon de chars dédié à l'assaut amphibie US aligne 32 Sherman M4A1 DD, 16 Sherman M4A1 avec le kit "Deep Wading" et 8 Sherman Dozer. Craignant de manquer de munitions si les choses tournent mal, plusieurs tankistes emportent un maximum d'obus pour le canon de 75 mm : une centaine au lieu des 60 de dotation... Surcharge qui sera fatale à la plupart des DD du 741st : 29 couleront rapidement. D'autant plus vite que la mer est agitée et que les DD sont mis à l'eau loin des plages, contrairement à ceux du 743rd.

  Au soir du 06 juin, le 741st n'a plus que 3 chars en état de combattre; 2 autres sont en cours de réparation, 48 sont détruits (ayant sombré au fond de la Manche) ou inutilisables. Le 743rd s'en sort beaucoup mieux : lorsqu'il parvient à déboucher hors des plages vers 22 heures 30, il possède encore 31 DD et 8 M4A1 avec dispositif de franchissement de gués profonds. Sans les chars, l'hécatombe d'Omaha se serait probablement transformée en déroute totale : ils prennent à partie les casemates avec leur canon de 75 mm, permettent aux fantassins de s'abriter derrière leur caisse sur laquelle claquent des grêles de balles...

Infirmier du 3rd Battalion, 16th Infantry Regiment, 1st Infantry Division (la célèbre "Big Red One"), hagard après avoir vécu l'enfer des mitrailleuses et des pièces d'artillerie allemandes. La plage est jonchée de blessés, de cadavres, de morceaux de corps, de débris divers... (Photo US NARA)
  Les pertes totales subies à Omaha ne seront jamais précisément déterminées. Mais une chose est sûre : elles sont terribles. Officiellement, elles s'élèvent à 2 374 hommes, dont 694 tués, 331 disparus et 1 349 blessés. Pertes qui s'expliquent par les défenses plus étoffées face à Omaha qu'ailleurs : à Gold, Sword et Juno, la moyenne des pièces d'artillerie s'établit à 9 par plage, 4 mortiers et 21 mitrailleuses. A Omaha, elle est de 30 pièces d'artillerie, 6 mortiers et surtout, 85 mitrailleuses ! Par ailleurs, la préparation d'artillerie navale qui s'abat sur les défenses allemandes d'Omaha est moins longue que celle qui frappe devant les plages "britanniques"...

Tué sur Omaha comme 694 de ses camarades... Pour la libération de la France et la chute du nazisme. (Photo US NARA)





Au-delà des mots : D'EN HAUT...



Gold Beach, King Sector : les LCI, LSM et autres LCM amènent à pied d'oeuvre, à partir de 07 heures 25, les éléments du 50 Division Group qui s'articule autour de la 50th (Northumbrian) Infantry Division.


Un B-26 Marauder survole Sword à proximité d'Hermanville-sur-Mer. C'est sur Sword que débarque notamment le Commando n°4 du Commandant Kieffer, aux côtés du 3 Division Group qui s'articule autour de la 3rd Infantry Division.


Les minuscules "fourmis" que sont ces fantassins de la 4th Infantry Division ont pris pied sur le sable d'Utah Beach. Plus à l'ouest combattent les éléments du 508th PIR dont nous avons parlé cette nuit...

Au-delà des mots : BB36 ET STP 133


Le BB36 Nevada déchaîne l'enfer contre la batterie d'Azeville avec ses canons de 356 mm le 06 juin 1944 (Photo : US NARA)




  Le 06 juin 1944, le cuirassé Nevada (BB36) pilonne la batterie côtière d'Azeville avec ses pièces de 14in (356 mm) ; celles-ci sont en mesure d'expédier un obus de 635 kilos jusqu'à 33 kilomètres de distance ! Caractéristiques qui en font un moyen d'appui efficace lors d'une opération amphibie. 

  En face, la batterie d'Azeville (Stützpunkt 133 avec les fortifications H650 et H671 qu'occupent les hommes du 2/HKA, 1261) ne compte "que" quatre canons de 105 mm K33I(f) sous casemate. Les plages d'Utah sont située à leur portée maximum, ce qui a pour conséquence des tirs imprécis. Tirs imprécis qui toutefois se poursuivent jusqu'au 09 juin. En outre, le 08 juin, le  2/HKA, 1261 bloque le 22nd Regimental Combat Team (22nd RCT) de la 4th Infantry Division. La batterie tombe finalement le lendemain après un assaut en règle...

Une des casemates de la batterie d'Azeville avec un K33I(f)
Après sa capture... Les combats ont été extrêmement violents, avec l'action de l'artillerie navale, l'utilisation de lance-flammes...

Au-delà des mots : 06 JUIN 1944, LA CÔTE 30


Des parachutistes du 508th Parachute Infantry Regiment vérifie leur équipement le 05 juin 1944... (Photo Signal Corps/NARA)



  Cette photographie inaugure une nouvelle rubrique de CONOPS. Rubrique dont la nature permettra des publications plus fréquentes que les autres travaux nécessitant d'importantes recherches...

  Voyageons dans le temps avec ladite image... Il y a 70 ans...

  05 juin 1944, à quelques heures du déclenchement de l'opération Neptune (phase d'assaut initial de l'opération Overlord, avec un volet aéroporté), des hommes du 508th Parachute Infantry Regiment (508th PIR) de la 82nd Airborne Division (82ème Division Aéroportée) ajustent leur équipement de saut. Unité d'élite avec des gaillards que ce régiment, cette division. Ce qui n'exclut pas l'angoisse, l'attente de l'action pour enfin la chasser. Interminable attente qui met les nerds à rude épreuve. Et la peur qui s'insinue à mesure qu'approche le moment du saut fatidique dans la nuit.

   Encore quelques heures et ils embarqueront dans les C-47 du 52nd Wing qui les conduiront ensuite au-dessus de la Normandie, derrière le secteur d'Utah Beach. Là, sous les ordres du colonel Roy Lindquist, ceux que l'on surnomme les "Red Devils" devront désorganiser le dispositif allemand, empêcher l'arrivée de renforts et ainsi, faciliter l'avance de leurs camarades depuis les plages à l'est.

  Huit jours plus tôt, l'ensemble des plans propres au parachutage de la 82nd Airborne doivent être modifiés en urgence : la présence de la 91ème Division d'Infanterie (Luftlande) est constatée où il ne faut pas ! En conséquence de quoi, deux des régiments de la 82nd seront lâchés à l'ouest de la rivière Merderet et un autre à l'est. Malheureusement zone a été inondée par les Allemands pour justement gêner d'éventuelles opérations aéroportées...

   Au 06 juin entre 02 heures 00 et 02 heures 30, la bataille s'engage mal pour le 508th PIR. Avec le temps et les tirs de la Flak allemande, la moitié de l'effectif est largué à plusieurs kilomètres de sa DZ. Le reste atterrit encore plus dispersé, dans le fracas des détonations et le bourdonnement continu des Dakota, sous les nuages qu'éclairent les traçantes d'un ennemi surpris, mais qui réagit néanmoins. De nombreux Américains se noient dans les marécages.

  Au sol, des petits groupements se forment, au gré des rencontres avec d'autres parachutistes égarés. Amalgamés à des éléments du 507th PIR, ils participent aux combats pour la sécurisation du pont de la Fière qui constitue un des trois objectifs attribués à la division. Des camarades du 507th PIR s'en sont emparés partiellement vers 11 heures 00. L'ouvrage modeste et sa chaussée traversent le Merderet. Pour les Allemands, il représente la possibilité d'acheminer des renforts face aux plages du secteur d'Utah. Pour les Américains, il signifie stopper l'acheminement de ces renforts tout en facilitant l'élargissement de la tête de pont alliée dans le Cotentin.

  Le 06 juin, à partir de 13 heures 00, depuis Picauville, l'ennemi lance une contre-attaque avec des éléments du 1057ème Régiment de Grenadiers qu'appuient quatre chars légers H-39 du Panzer Abteilung 100. Ils reprennent Cauquigny, à l'ouest, puis s'avancent sur la chaussée en direction du fameux pont. Deux des engins du PzAbt 100 sont endommagés dans la progression qui ne s'interrompt pas pour autant. Sur l'autre rive du Merderet, les parachutistes du 507th PIR bloquent la traversée des assaillants. Ces derniers tentent un nouvel assaut : un troisième H-39 est détruit au Bazooka. Le quatrième sera finalement neutralisé avec des grenades Gammon. L'empoignade est furieuse, mais les paras du 507th PIR s'accrochent.

  Au sud, d'autres parachutistes qui appartiennent au 2nd Battalion du 508th PIR se sont établis dans les fermes et les haies de la Côte 30. Ils empêchent les Allemands d'atteindre Chef-du-Pont et de là, de prendre à revers les défenses de la Fière. Ils vont ainsi tenir pendant plus de quarante huit heures face à un bataillon ennemi. Très inférieurs en nombre, avec des munitions qui s'épuisent autant que s'accumulent les pertes, ils contribuent à atténuer la pression qui pèse sur les défenseurs du pont de la Fière.

  Pont qui sera finalement totalement dégagé le 09 juin, de concert avec des unités de la 90th Infantry Division qui se fraie un chemin depuis les plages. Les combats de la Côte 30 auront coûté au II/508 PIR 58 tués et 82 blessés. Combats qui ne seront pas les derniers. Durant 33 jours, les Red Devils se battront encore dans la péninsule du Cotentin, perdant 1 061 hommes dont 307 tués sur les 2 056 parachutistes que compte le régiment...


 Carte du secteur d'Utah Beach avec les zones de largage des 82nd et 101st Airborne... (Document United States Military Academy)
Positions des II et III/508 PIR du 08 au 09 juin 1944 (Carte Center of Military History)

vendredi 23 mai 2014

Billets hebdomadaires sur le Blog Défense de Jeune Afrique : NIGER et NIGERIA


Nigériens à l'entraînement avec un Special Force américain ; l'armée nigérienne est considérée comme "sérieuse", avec des militaires aguerris par des actions fréquentes contre les terrobandits...




  Publié voici quelques semaines, la suite du dossier sur la défense du Niger, avec un billet cette fois-ci consacré à la coopération entre le pays et ses voisins. Problématique on ne peut plus d'actualité alors que doit s'intensifier la lutte contre Boko Haram au Nigeria et que celle-ci implique des efforts régionaux.
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140505181205/diplomatie-defense-securite-terrorismele-niger-sa-politique-de-securite-ses-voisins.html

  Le Nigeria, c'est justement le thème du nouveau dossier entamé avec un article mis en ligne depuis quelques jours seulement ! Premier volet donc, qui présente sommairement l'organisation des forces terrestres nigérianes face à la secte Boko Haram. Plusieurs autres seront publiés, en alternance...
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140520192249/defense-boko-haram-armee-nigeriane-laurent-touchardcomment-l-armee-nigeriane-tente-de-faire-face-a-boko-haram.html

  Enfin, le billet à venir est consacré au Mali...

  Bonne lecture !

samedi 19 avril 2014

Billets hebdomadaires sur le Blog Défense de Jeune Afrique : DOSSIER - RWANDA 1994


Mémorial des dix Casques Bleus belges tués le 07 avril 1994 à Kigali par des éléments de la Garde Présidentielle et des miliciens pro-gouvernementaux. (Photo JA ALT via Wickicommons)




  Voici les premiers billets du "dossier rwandais". Outre un article introductif, le chapitre en cours se focalise sur l'attentat du 06 avril 1994, contre l'avion à bord duquel se trouvait le Président Juvénal Habyarimana, les circonstances dudit attentat, les éléments qui permettent d'innocenter le FPR. Ce chapitre n'est pas encore terminé ; deux autres billets étant à venir.
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140404174812/
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140408192357/
http://www.jeuneafrique.com/Article_ARTJAWEB20140415185916_genocide-fpr-armee-francaise-genocide-rwandaisune-histoire-du-genocide-3-attentat-du-6-avril-1994-la-these-de-la-culpabilite-du-fpr-ne-tient-pas-la-route.html

  En réaction à la troisième partie, un internaute qui se baptise lui-même "Negro" a soumis le commentaire suivant : "Monsieur Touchard ne nous explique pas pourquoi il se croit plus informé que celui qui était le chef des renseignements militaires du FPR. Et quand il donne les détails du terrain d'opération, on sent qu'il n'y a probablement jamais mis les pieds. L'endroit supposé du tir des missiles se situe entre deux collines (Masaka et Kabuga), non pas au sommet de lune d'elle..." Commentaire intéressant à plus d'un titre, notamment parce qu'il est facile de lire ce que l'on veut bien lire. Ou en d'autres termes, d'interpréter selon ce qui arrange (ou pas).

  Avant d'aller plus loin, je ne dirai qu'une chose quant à la dernière critique du commentaire en question. Nulle part je n'évoque un "sommet" en particulier. Je parle d'ailleurs, au début du billet incriminé de "zone de Kanombe" et, implicitement de "zone de Masaka". C'est à dire d'une aire et non d'un point déterminé. Ce pour une bonne raison : car les positions de tir potentielles dans ces deux zones sont nombreuses...

  Concernant ce que j'explique, il s'agit simplement de faits et de les raconter. Des faits issus de témoignages crédibles, d'hommes dignes de foi, qui à l'époque étaient des professionnels (qu'il s'agisse des militaires belges ou français), ou encore de rapports on ne peut plus sérieux de la MINUAR, de la DGSE, du ministère de la Défense... Mis en perspective plutôt que considérés indépendamment les uns des autres, ces faits m'amènent à dire que le FPR n'a pas commis l'attentat.

  D'autres commentaires opposent un article publié dans Marianne à mes écrits. Les affirmations d'un des officiers de renseignement du 3ème Bataillon de l'APR ? Considérons ses déclarations. Tout d'abord, il explique : "Ce matin-là, très tôt, j'ai vu arriver James Mugabo à moto. Il travaillait à l'aéroport et donnait des renseignements sur les déplacements de Habyarimana et sur le déploiement des gardes présidentiels. Il est allé directement voir Charles Karamba, le boss du renseignement, chapeauté par Charles Kayonga, le patron du 3ème Bataillon installé au CND." Que "voit-on" dans ces propos ? Eh bien qu'un homme qui travaille à un poste où il a accès à des informations confidentielles, stratégiques, informateur de l'APR/FPR (et que l'on devine informateur secret) se rend sans aucune précaution au CND, dont les accès sont surveillés par les "services" rwandais... Au risque d'être grillé. Et ça n'est pas tout !

  Notre témoin poursuit : "J'ai vu alors Karamba prendre sa radio et se mettre à parler sur le canal du bataillon. Il a dit à tout le monde de se mettre en stand-by. J'ai immédiatement quitté l'immeuble principal du CND pour aller prendre mon fusil d'assaut AK47, avant d'aller rejoindre ma position dans la tranchée qui entourait et protégeait le CND. (...) En la rejoignant, j'ai rencontré Andrew Kagamé, le commandant de la compagnie Tiger du 3e bataillon, qui était un ami personnel. 'C'est probablement la fin d'Ikinani' m'a-t-il dit." Que "voit-on" ? D'une part, si les combattants de l'APR au CND prennent position, cela représente le branle-bas de combat d'environ 600 hommes. Problème : la MINUAR ne signale aucune activité particulière au CND. D'autre part, les "connaisseurs" ne pourront qu'être effarés de l'absence de mesures de sécurité dans les communications car, en gros, cet officier laisse entendre qu'a été annoncée la mort de Juvénal Habyarimana, sur la fréquence utilisée par le bataillon, plusieurs heures à l'avance ! Belle opération secrète !

  Or, l'APR est justement réputée pour la sécurité de ses communications. Plus loin encore, sont citées les déclarations d'Aloys Ruyenzi, garde du corps de Kagamé. Il évoque notamment qu'il a "repéré le manège" d'une équipe officiellement chargée d'évacuer les déchets du CND, mais qui en réalité effectuait des repérages. Véhicule qui aurait donc échappé à la surveillance des services de renseignements rwandais... Il dit aussi : "Les compte-rendus de ces repérages étaient faits à Karamba, parfois à Charles Kayonga ou à Silas Udahemuka. Mais c'est le seul Kayonga qui rendait compte à Paul Kagamé. Chaque soir, je le voyais monter sur le toit du bâtiment principal du CND pour lui parler secrètement par talkie walkie. Le chef du bataillon (indicatif radio : 22C) utilisait pour cela un réseau de communication ultrasecret pour rendre compte à "OB" (l'indicatif de Paul Kagaé) des préparatifs de l'attentat."

  Comment ne pas rire ? En somme Kayonga contactait secrètement Paul Kagamé, mais en étant vu. Il se mettait à l'écart (tout en facilitant la qualité de la communication, en hauteur), mais le témoin est en mesure d'indiquer de quoi il parlait ? Franchement... Un "réseau de communication ultrasecret" ? Voilà encore qui veut tout et rien dire, d'autant que, un coup l'APR possède le réseau de communication le plus secret, le plus impénétrable ; un coup il s'agit de véritables "brèles" comme l'illustre le message que les FAR affirment avoir intercepté au lendemain de l'attentat et dans lequel, l'APR/FPR se félicite du succès de l'opération ! 

  En étant si peu prudents dans leurs communications, comment les stations d'écoute des FAR n'ont-elles pas réussi à intercepter le moindre message de préparation de l'attentat ? C'est totalement contradictoire avec le fait d'avoir intercepté un message de victoire à ce propos ! En résumé, c'est l'un et l'autre selon ce qui arrange les témoins... L'APR dispose d'un réseau ultrasecret où sont racontés en détails les préparatifs de l'attentat, tellement ultrasecret que les FAR ne peuvent l'écouter, sauf qu'ils peuvent quand même l'écouter...

  Autres propos risibles et qui en disent long de la crédibilité desdits témoignages : "J'étais au courant des préparatifs de l'assassinat depuis quelques semaines. En mars, j'avais parlé à mon camarade Franck Nziza à son arrivée du QG de Mulindi avec Eric Nshimiyimana. Le soir même, j'avais revu Franck autour d'un verre au mess des VIP. Il m'avait alors confié qu'il était venu, comme Eric, avec son arme. Comme je savais que Franck faisait partie de la section missile du high command, j'en avais déduis qu'Eric et lui étaient venus avec leur missile... J'avais aussi eu des informations complémentaires par Eric Kibonge Ntazinda, mon beau-frère, lui aussi arrivé de Mulindi pour conduire la Toyota jusqu'à Masaka. J'ai ensuite revu Franck Nziza à plusieurs reprises. Comme il était pesuadé que je connaissais les détails du planning de l'attentat, il me parlait d'abondance. Il m'a dit qu'il était bien là pour abattre l'avion du président... Mon beau-frère a été finalement remplacé par Didier Mazimpaka à cause de sa mauvaise conduite.

  Que "voit-on" ? Eh bien que finalement, beaucoup de monde était au courant de cette "opération secrète" dans ses moindres détails et que tout le monde en parlait à tout le monde ! Opération secrète qui constituait même un sujet de conversation au mess !!!! Sachant que les services rwandais possédaient du monde infiltré chez l'APR/FPR, si cette dernière avait commandité l'attentat, les autorités rwandaises l'auraient inévitablement su bien avant ! Ah, j'oubliais... le beau-frère du témoin, un des exécutants prévus pour l'attentat (évidemment au courant des moindres détails) est débarqué pour "mauvaise conduite" de l'opération avant qu'elle ne survienne !!! Avec tout cela, les cadres militaires de l'APR étaient compétents pour rédiger "La divulgation d'une opération secrète pour les nuls" au profit d'une branche armée digne de la "Septième compagnie" version rebelle rwandaise.

  Voilà... Qu'ajouter ? Tout est dans ce qui précède.

  Maintenant, pour mettre les choses au clair, je ne suis pas un admirateur du régime de Paul Kagamé. Je ne considère pas davantage l'APR/FPR de l'époque comme une joyeuse bande d'enfants de coeur. Par ailleurs, j'affirme sans la moindre hésitation que l'Armée française n'a pas démérité lors de l'opération Turquoise, que les procès d'intention qui lui sont faits sont totalement injustes. Là encore, des témoignages comme ceux qui parlent de "frappe aérienne" envisagée sur les colonnes de l'APR/FPR avec un (et un seul) Super Puma Pirate se disqualifient d'eux-mêmes (au moins pour les "connaisseurs"). Au nom de cette certitude quant à l'Honneur intact de l'Armée française au Rwanda, je ne crois pas pouvoir être "rangé" dans la catégorie de ceux "bernés" par la propagande de Kigali. Bref, tout comme je suis convaincu que les militaires français ont accompli un travail exemplaire, dans des conditions terribles à l'été 1994, je suis convaincu que l'APR/FPR n'a pas commis l'attentat du 06 avril 1994...

  Cette logique de considérer des faits éclaire l'ensemble de mon travail.