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jeudi 18 mai 2017

Livre : Les forces armées africaines 2016-2017



Photographie de couverture : lieutenant Ayella Gissa. Le lieutenant Gissa joue le rôle d'un ennemi (OPFOR) au cours d'un exercice dans le cadre d'un stage « instruire l'instructeur » (« train the trainer »), le 27 décembre 2006 (Chief Mass Communication Specialist Eric A. Clement, U.S. Navy, 5 mars 2007 via Wikicommons).




Tout d'abord, je tiens à exprimer ma gratitude à celles et à ceux qui soutiennent le livre depuis le début du projet ou encore en relayant l'annonce de sa parution, mais aussi par leurs commentaires sympathiques. Je songe en particulier à S., à mes frères Jean-Baptiste et Benoît, à Vincent Bernard (Le Cliophage ; avec une sympathique recension sur son riche blog), aux colonels Alain Daboval et Michel Goya (La voie de l’Épée, avec une recension elle aussi sympathique, sur la page Facebook de La voie de l'épée), à Yann Mahé (Batailles & Blindés) et à Laurent Tirone (Trucks & Tanks magazine), à Joseph Henrotin (DSI/Areion), à Jean-Jacques Patry (FRS), à Nicolas Henin, à Michael Horowitz (Prime Source), à Grégoire Chambaz (RMS), à Gordon Rottman, au commandant Rémy Hémez ainsi qu'à Elie Tenenbaum (IFRI et le blog Ultima Ratio), à Maya Kandel (Froggy Bottom), à Jean-Marc Lafon (Kurultay), à Philippe Chapleau (Lignes de Défense/Ouest France), à Akram Kharief (Secret Difa 3/MENA Defense), à Sonia Le Gouriellec (Good morning Africa). Merci également à David Kilcullen pour son intérêt...

Le cheminement du projet a été une entreprise aussi longue et complexe que passionnante. Son développement a été mené avec une méthodologie éprouvée, à savoir celle du cycle du renseignement. En l'occurrence, ce dernier est devenu « cycle de conception » : planification, collecte, exploitation et diffusion. L'étape de la planification s'est traduite par une réflexion concentrée sur le lecteur. J'ai appréhendé celui-ci non pas comme une « cible commerciale » ou au travers de « profils types », mais en songeant à ses attentes intellectuelles, au « besoin d'en comprendre », pour paraphraser la formule consacrée « besoin d'en connaître ».

Il s'agissait de proposer une mise en perspective qui ne sacrifierait pas à la précision, qui placerait l'élément factuel dans un contexte d'ensemble. Cette mise en perspective est évidemment ouverte à la contradiction, au contre-argument, au désaccord, au regard qui perçoit les choses autrement. La philosophie de ce livre n'est pas d'asséner des vérités, mais de réconcilier ce fameux élément factuel avec la mise en perspective, dans un monde où tout semble aller plus vite.

Serge Halimi décrit parfaitement le problème majeur de la contraction du temps qui frappe le lecteur et, par voie de conséquence, tend à formater le journalisme : « (…) On n'a plus le temps de se plonger dans un livre 'trop long' (…). Ni celui de lire un article abordant autre chose qu'un sujet familier. (…) Toujours connecté, interdit de musarder. »1 Manque de temps qu'il relie à des « calendriers surchargés » ainsi qu'à de fondamentales (et cruelles) questions financières. Il explique aussi, ce qui devrait être l'essence même du journalisme : « A quoi peut servir un journal ? A apprendre et à comprendre. A donner un peu de cohérence au fracas du monde là où d'autres empilent des informations. » Ce constat est transposable au chercheur qui observe et qui décrit à l'aulne de ses connaissances dans un essai, dans un livre. 

J'ai donc eu l'ambition de prendre le temps et de donner un peu de cohérence à la compréhension des outils militaires dans le fracas des conflits, ou dans les acouphènes de crises latentes et de paix troublées du continent africain.

Cette ambition impliquait de ne pas mépriser ce que sont les militaires africains, les institutions au sein desquelles ils servent. Les lacunes, voire l'incurie, sont dénoncées sans ambages. Cependant, il n'y a jamais de condescendance dans les lignes de Forces armées africaines. Ce respect passe par la prise en compte du contexte, des difficultés et atouts qui influencent la manière de combattre. 

Là encore, la mise en perspective constitue une ligne directrice du livre, tracée au cordeau souple de la nuance. Le contexte ne saurait se résumer à des antagonismes entre ethnies et à la corruption, tout comme les soldats des États africains ne sont pas systématiquement et irrémédiablement mauvais. Les nations africaines savent aussi prendre de bonnes décisions contre ceux qui menacent leur stabilité et leurs soldats peuvent être exceptionnels. 

C'est ce que je souligne dans mon livre, aussi bien en exposant ce que sont les enjeux géopolitiques et sécuritaires qui relèvent de la stratégie, qu'en présentant le fonctionnement opérationnel des unités, en détaillant certaines des opérations, et parlant de la conduite au feu des individus au sein de ces unités.

La mise en perspective se traduit aussi par des comparaisons, tout spécialement entre des pays d'Afrique et la France. Mais j'établis ces comparaisons en pointant ce que certains pays d'Afrique font correctement alors que la France est médiocre, voire mauvaise. Ou encore, j'explique ce qui est accompli de travers en Afrique en atténuant le propos par des initiatives françaises qui ne sont pas plus inspirées. Il ne s'agit pas d'autoflagellation, mais de lucidité.

Par exemple, maints pays d'Afrique se sont dotés de véhicules blindés de transport de troupe « MRAP », protégés contre les mines, alors que les militaires français engagés dans l'opération Barkhane n'ont pour l'essentiel que des véhicules non blindés et des VAB à bout de souffle... Les problématiques liées aux islamismes (j'explique dans le livre pourquoi je fais le choix du pluriel), à la radicalisation, au jihadisme, sont parfois appréhendées en Afrique avec beaucoup plus d'acuité et de bon sens qu'en France, sans pour autant que les pays concernés ne sombrent dans une démagogique frénésie sécuritaire.

L'ouvrage étant auto-édité via CreateSpace, Forces armées africaines 2016-2017 peut être acheté directement sur Amazon qui en constitue le distributeur principal. Son coût a lui aussi fait l'objet d'une réflexion. Les ouvrages de ce genre ont généralement des prix élevés, parfois plus d'une centaine d'euros. De telles sommes les rendent difficilement accessibles aux étudiants, aux militaires, aux civils passionnés ou curieux. Et ce plus encore en Afrique francophone où le pouvoir d'achat est moindre qu'au nord de la Méditerranée.

J'ai donc opté pour un prix de 33,70 euros qui me permette d'obtenir des revenus légitimes de ce travail, mais aussi d'envisager le financement d'une éventuelle nouvelle édition pour les années à venir, ainsi qu'une traduction en anglais. Cependant, même s'il n'existe pas d'équivalent en langue française (ou anglaise), j'ai volontairement choisi un prix relativement bas. De la sorte, le livre est abordable sans non plus être bradé.

Enfin, en dépit de nombreuses relectures, quelques coquilles subsistent dans les 600 pages ; mais comme le dit un proverbe africain connu : « l'erreur n'annule pas la valeur de l'effort accompli ». L'effort en question a été considérable, comme l'ont perçu ceux qui ont soutenu le projet au cours du « cycle de conception », et au cours de l'étape de la diffusion. Je suis fier du résultat et de ce qu'il est susceptible d'apporter au lecteur. 

Pour conclure, je remercie également les lectrices et lecteurs qui s'intéresseront non pas à mon livre, mais à ce qu'il contient.


1 HALIMI Serge « On n'a plus le temps... », Le Monde Diplomatique, octobre 2012, http://www.monde-diplomatique.fr/2012/10/HALIMI/48240